Le point de vue du Délégué Général d'E&P paru dans le Cri du Contribuable du 4 avril 2009

A quand la sortie de crise?
Deux crises se superposent. Du côté financier, les banques sont l’objet de discours contradictoires.
1) « Il ne faut plus tabler sur les activités de marché qui vous ont tant bénéficié depuis 20 ans ». Elles doivent réinventer un business model et se restructurer en profondeur.
2) « Les États ne vous laisseront pas tomber ». Ce qui leur laisse du temps pour se « réinventer ».
3) « On compte sur vous pour prêter aux entreprises et aux particuliers ». Autrement dit, les grands malades se font médecins.
Pour contrebalancer cet écheveau de contradictions il faut de solides facteurs de changement exogènes. Les nationalisations peuvent être bénéfiques aux États-Unis en ce qu’elles introduisent une force de rappel puissante : l’impatience des « taxpayers » qui vont vouloir que l’argent versé aux banques serve à quelque chose.
En France on n’a encore rien trouvé de mieux que le parachutage d’un très haut fonctionnaire qui fera peur a tout le monde.
Du côté de « l’économie réelle », les phénomènes les plus originaux sont la vitesse effarante de destruction des emplois aux États-Unis et la chute du commerce international. Les deux sont liés, les premières victimes étant les États-Unis et leurs fournisseurs, en particulier l’Asie.
Des facteurs positifs demeurent néanmoins.
Parmi eux : la baisse des prix des matières premières, l’existence de besoins encore insatisfaits liés aux révolutions technologiques en cours, enfin la surabondance persistante de liquidités maintenue par les banques centrales.
Ce qui fait qu’une sortie de récession par l’exportation, comme ce fut le cas lors des précédentes crises depuis 1960, est peu probable. Mais la solution peut venir de l’amélioration de nos marchés intérieurs.
À condition que la crise financière ne multiplie pas ses effets pervers, on pourrait constater des effets positifs avant la fin de 2009. En facilitant les réajustements vers les secteurs économiques en développement à long terme au lieu de se concentrer sur le maintien du statu quo industriel.
En limitant autant que faire se peut les effets sociaux de la crise.
Enfin, en résistant dans les entreprises à la tentation des « politiques du pire ». Freiner les dépenses excessives en imaginant la conjoncture la plus noire ou bien en cherchant à « tuer » des concurrents affaiblis n’est ni éthique ni efficace.
Si tous se comportent ainsi et si nos dirigeants sont trop désordonnés, les effets « boule-de-neige » peuvent nous précipiter vers les abîmes de la déflation au sens propre, c’est-à-dire la baisse simultanée des salaires et des emplois. Alors, nous ne serions pas sortis d’affaire…
