Félicitations ! Sans conteste, l’annonce par Renaud Dutreil, ministre des PME, de créer un statut pour les Business angels va dans le bon sens. Il était temps, car si en France les grandes entreprises accaparent l’attention des politiques, les PME-PMI, première source de richesse et d’emplois, ne bénéficient pas d’un plan d’ensemble à la hauteur de l’intérêt qu’elles représentent pour l’économie du pays.
Le développement des PME françaises constitue depuis plusieurs mois une préoccupation du gouvernement Villepin. Les rapports « pour laisser courir les gazelles » tricolores n’ont pas manqué. Les décisions prises, bien qu’allant dans le bon sens, demeurent cependant trop parcellaires.
Et ce problème est d’autant plus important qu’à la veille d’élections décisives, la question de la redistribution des richesses, de l’accroissement du pouvoir d’achat, de la consommation, ne manquera pas de monopoliser le débat politique. Il ne faudrait pas faire fausse route. La faiblesse relative de l’investissement et la mauvaise situation de notre commerce extérieure est inquiétante. Car si la France consomme, c’est sans doute le seul moteur de notre croissance… l’Allemagne, plus prévoyante, investit. À trop jouer sur l’offre, l’on néglige la demande.C’est là, la conviction d’Entreprise et Progrès : la clef du retour de la croissance se trouve au niveau de l’offre, des entreprises, et non de la demande. Dans ce domaine, incontestablement, c’est du côté des PME-PMI qu’il convient de porter l’effort. Ce chantier est ouvert de longue date par E&P. De l’expérience concrète et variée de ses adhérents, se dégagent trois recommandations.
Idée sans doute iconoclaste, il apparaît pourtant que le dirigeant peut constituer le premier frein au développement de son entreprise et à son essor. Pourquoi ? La croissance rapide impose vision stratégique et plans d’actions adéquats, exercice difficile pour l’entrepreneur qui « colle » à son affaire. Dès lors, une formation du dirigeant, adaptée à chaque stade du développement de son affaire, tout particulièrement lorsque celle-ci doit se lancer sur le marché international, doit être recommandée. Les moyens d’accéder à cette expertise, stratégique, juridique, sociale, sont multiples. Le tutorat semble l’outil le plus efficace qu’il prenne la forme du dispositif PLATO (tutorat assuré par des cadres de grandes entreprises), de réseaux ALIZE (très grandes entreprises associées aux collectivités locales via les CCI), du coaching par de jeunes retraités ou d’un « Comité stratégique » à disposition du chef d’entreprise pour l’orienter dans des choix qui s’avèrent délicats.
Mais sans un vivier dynamique de PME, il est illusoire de faire naître les gazelles qui « boosteront » l’économie française de demain. Dans cette optique, il convient de créer une interface simple entre l’entrepreneur et les administrations concernées, ce que l’on appelle aussi « un guichet unique » ayant pour but de balayer d’une manière transversale l’ensemble des problèmes rencontrés par l’entrepreneur. Par exemple, à l’international, la multiplicité des interventions administratives vaut à la France d’être classée 160ème dans le classement de Doing Business de la Banque Mondiale sur le critère d’enregistrement de la propriété. Toutefois, cette interface peut être assurée par des fonctionnaires à qui des stages approfondis auront donnés une bonne connaissance des questions des entreprises. Ainsi l’Administration sera au service des entrepreneurs et des entreprises seules créatrices d’emplois marchands et non l’inverse.
Cependant, le maillon faible de la France en cette affaire, et il est heureux que le gouvernement en ait pris conscience, est le business angel. Lorsque l’hexagone compte tout au plus, 4 000 de ces investisseurs privés soutenant l’essor de jeunes pousses prometteuses, les Etats-Unis en comptent 400 000, la Grande-Bretagne, 50 000. Un retard difficile à rattraper. Seule l’instauration d’un statut permettra néanmoins de sortir des décisions contenues dans de trop nombreuses lois de finances et qui n’accordaient que quelques avantages fiscaux à l’investisseur en les accompagnant immanquablement telle l’ombre aux souliers du passant, de multiples conditions restrictives, les rendant in fine inefficaces. 100 000 emplois non créés en France faute de capitaux à investir. Ce bilan affligeant n’est pas étranger à la judicieuse décision du gouvernement. Il faut doter d’un statut propre, reconnu, souple et sécurisé, l’investisseur particulier désireux d’accompagner par son soutien financier mais également son conseil et son expérience l’entreprise qu’il a décidé d’accompagner dans son développement.
Si pourtant la démarche du gouvernement ne peut qu’être louée désire-t-on vraiment donner aux business angels leur pleine efficacité ? Si c’est le cas pourquoi donc imposer restrictions et entraves ? Prenons garde de ne pas construire « une usine à gaz ». Car si le choix de la SAS présente des avantages certains ; unipersonnelle, cette société est très flexible ; imposer au business angel un commissaire aux comptes, entrave supplémentaire à la prise d’initiative, apparaît inutile et contraire à l’esprit même de souplesse nécessaire à l’investissement individuel. L’EURL, qui se pare des mêmes avantages fiscaux et de flexibilité mais dépourvu de cette contrainte, eût été plus appropriée. L’imposition du seuil de quatre investisseurs minimum pour accéder au statut de société de business angel, semble tout aussi contradictoire en invoquant une soi-disante répartition des risques. Laissons, une fois n’est pas coutume, libres et responsables les investisseurs particuliers ; quitte à améliorer, chemin faisant, leur statut, à la lumière de l’expérience acquise.
