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La peur du déclassement, une sociologie des récessions

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Auteur :
        d'Eric Maurin
                    Le CDI anxiogène ou la peur du déclassement
 
La crise n’a fait qu’accentuer le phénomène : une angoisse sourde partagée par un nombre croissant de Français convaincus désormais que nul n’est à l’abri de perdre son emploi, et donc son statut. C’est ce qu’Eric Maurin nomme « La peur du déclassement ». Pour notre auteur, chiffres à l’appui, statistiques en renfort, cette peur recouvre que très partiellement la réalité. Le déclassement, ce "phénomène de rupture qui conduit un individu à perdre sa position sociale",  n’a pas augmenté, en particulier chez la classe moyenne. Ainsi par exemple, entre 1981 et aujourd’hui, le nombre de diplômés du supérieur au chômage n’a pas progressé : 10% en 1987, 7% en 2008. Quant à la précarité de ces emplois, elle non plus ne s’est pas aggravée, contrairement à une idée reçue par beaucoup.
 
Le déclassement n’a pas augmenté, mais c’est la peur d’en être, qui s’est considérablement généralisée. Et les conséquences perdre le statut si protecteur de salarié en CDI. Autrement dit, il n’est pas plus risquer aujourd’hui qu’hier de perdre son job, mais les conséquences qui en découlent sont plus sévères en 2008 qu’en 1978. Ce qui explique la peur insidieuse de perdre son emploi pour ceux qui en disposent aujourd’hui, ou de ne pas l’acquérir pour les plus jeunes.
 
Dés lors, les salariés craignent de perdre leur emploi, les étudiants de ne pas en trouver, les parents de voir leurs enfants échouer à décrocher le diplôme qui tel l’indispensable sésame, ouvre à son détenteur les portes du marché du travail. Et les classes moyennes qui ont accès aux études secondaires observent avec anxiété les classes plus populaires qui menacent leur pré carré. Ou tente, tant bien que mal, d’y accéder.
 
Que constate notre auteur ? Qu’à force de protéger l’emploi stable – une protection qui s’est progressivement et considérablement renforcée à partir de la crise pétrolière de 1974 – on ferme les portes aux nouveaux entrant qui ne disposent pas des clefs nécessaires (le fameux diplôme) pour les ouvrir et on rend extrêmement difficile la réinsertion dans le marché du travail des personnes qui en ont été exclu du fait du déclassement. Personnes déclassées qui n’augmentent pas, on l’a dit, mais dont la situation est paradoxalement de plus en plus délicate à mesure que le statut protecteur du CDI s’accentue !
« En accroissant sélectivement la protection dont jouissent les salariés à statut, on tend à augmenter l’insécurité sociale pour l’ensemble de la société, particulièrement en temps de crise », explique Eric Maurin.
 
Alors que faire ? Déconstruire les statuts si protecteurs ? Certains s’y sont essayés. Avec le succès que l’on sait. Car plus la place est chaude, plus on a intérêt à y rester.
 
Une analyse percutante, concise, qui a fait beaucoup de bruit. Il faut lire cet essai pour comprendre le chemin qu’il reste à parcourir.
 
                                                                                                          G.D.
 
La peur du déclassement Une sociologie des récessions, d’Eric Maurin, La république des idées, Seuil, 2009, 93 pages, 10.50 euros

                                                     


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