Ouvrage de Augustin Landier ; David Thesmar. Flammarion. 2007 (150 pages)
A. Landier et D.Thesmar sont de brillants économistes de moins de 40 ans. De l’espèce qu’on voudrait plus connue et écoutée de nos concitoyens mais aussi et surtout plus reconnue dans les allées du pouvoir. Leur petit livre est délicieux souvent jubilatoire par sa clarté, sa rigueur et sa vigueur.
Au départ le propos semble un peu académique : Comment se fait-il que la France soit aussi allergique à l’économie de marché, ce « big bad woolf » ? Une réponse très convaincante est fournie en passant par beaucoup de références scientifiques. Mais la vertu de cet ouvrage n’est pas seulement dans cette explication (voir ci-dessous) mais dans le fait que, au passage, les auteurs détruisent beaucoup d’idées reçues que j’espère ne pas être le seul à trouver pernicieuses et qu’ils nous convainquent que notre cher pays n’a aucune raison de se complaire dans une soi-disant exception nationale. Les lois de l’économie s’y appliquent aussi et, avec elles, les solutions qui ont réussi ailleurs. L’espoir du redressement est permis ! A condition de regarder les faits et les réalités en face et de ne pas se complaire dans une économie fiction, « à la » Bernard Maris.Ainsi, pourquoi accepter cette ritournelle savamment assénée par les hauts fonctionnaires - au point d’en devenir une sorte de « pitch » de l’ENA - argument définitif de l’utilité incontestable du colbertisme : La France s’est construite autour de l’Etat.
Non, nous disent les auteurs, la France de 1900 était un des pays les plus capitalistes et anti-étatistes du monde. A rapprocher des produits de ce véritable âge d’or français où notre pays et ses ingénieurs lançaient quelques unes de leurs plus brillantes réalisations techniques.
Et aussi le grand épouvantail du 15% de ROI qui va condamner à des « licenciements boursiers » pour satisfaire les retraités de Floride est habilement démonté. La Bourse parie non pas sur une rentabilité des investissements de l’entreprise mais sur une progression de la capitalisation boursière de l’entreprise. Pas grand-chose à voir. La justification des licenciements, c’est encore et toujours le fait que les concurrents peuvent faire aussi bien avec moins de ressources. Comme le montre bien, entre bien d’autres le cas Michelin.
Assez aussi de cette antienne sur la part croissante des revenus du capital au détriment de ceux du travail. Pas vrai.
Enfin les conséquences des réformes du ministre des Finances Pierre Bérégovoy en 1984 sont présentés dans toute leur ampleur, si bénéfique dans l’ensemble pour sortir d’une situation ou quasi 100% des décisions de financement des entreprises était prises rue de Rivoli alors.
Dans cette revue nos auteurs déterrent une pépite. Pourquoi nos concitoyens n’investissent-ils pas plus en actions ? Elémentaire ! Parce que comme dans tous les pays le ratio entre placement à risques et sécures pour la retraite est le même mais parce qu’ils rangent la retraite par répartition dans le camp des placements risqués ! Alors ils corrigent le déséquilibre en plaçant dans la pierre et dans les obligations …
Répondons quand même à la question initiale. Les Français n’aiment pas la concurrence et son coté darwino-schumpeterien ? Pas en 1900, c’est l’époque de Méline, petits propriétaires et cartels. Pas en 1945, la reconstruction par Jan Monnet et la IVe République, les 30 glorieuses dirigistes ont trop bien réussi. Pas en 1990 parce que il vaut mieux demander à être assisté que courir sa chance dans un monde dangereux.
Voila le défi qui nous attend convaincre nos concitoyens que la concurrence est un bienfait pour eux comme actionnaires ou comme salariés .tout simplement parce qu’ils peuvent gagner!
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