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L’homme est-il un animal sympathique ? Le contr’Hobbes

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        Revue du MAUSS, N°31, premier semestre 2008, La Découverte-MAUSS, 327 pages, 22 euros
« L’homme est un loup pour l’homme », et chaque pas qu’il fait, chaque geste qu’il entreprend doit le conduire vers le profit. C’est la théorie, un temps soit peu caricaturée, que Hobbes développa et qui engendra la croyance en un homo oeconomicus. Tableau réaliste, diront certains. Tableau pessimiste, répliqueront d’autres. Parmi eux, les animateurs de la revue du MAUSS ont envisagé l’hypothèse, partiellement contraire, d’un homme sympathique, naturellement ouvert au malheur de l’autre et au bien de la communauté, qui, loin d’être mu par un égoïsme calculateur et matérialiste, serait généreux… sous certaines conditions. « Les expériences et les enquêtes montrent que les gens ne sont pas mesquins, mais que leur générosité est conditionnelle », expliquent Samuel Bowles et Herbert Gintis, tous deux "professeurs d'économie a l'Université du Massachusetts Amherst", dans un des chapitres intitulé, « L’idéal d’égalité appartient-il au passé ? » Leur conviction est que si les programmes d’aides étatiques et égalitaires sont aujourd’hui rejetés par une majorité de la population, ce n’est pas en raison de leur coût. « Nombre de politiques égalitaires sont des formes d’assurance sociale qui rencontrent même l’assentiment des personnes qui pensent qu’elles paieront probablement plus durant leur vie que ce qu’elles s’attendent à recevoir ». L’homme consent à cotiser pour assurer l’autre, présent ou à venir. Et cette propension à ce que le vocabulaire moderne dénomme « Etat providence », il semble, aux yeux des auteurs, qu’elle ait toujours existé de manière plus ou moins affirmée au cours des 100 000 dernières années. C’est, selon eux, une constante de l’histoire, des premiers « chasseurs-cueilleurs » à la société post-moderne actuelle. Alors comment expliquer le rejet dont souffre de nos jours les systèmes sociaux dits « égalitaires ». « Les gens ne sont pas ces acteurs égoïstes que présente la théorie économique traditionnelle, tant ils accordent une grande valeur au fait de traiter les autres avec équité et acceptent d’en payer le prix, même à leurs dépens, constatent les deux auteurs américains. Mais ils ne sont pas non plus ces altruistes inconditionnels de la pensée utopiste dans la mesure où ils veulent en découdre avec les passagers clandestins et autres transgresseurs de normes ». Ni tout à fait égoïste, ni tout à fait béat… À l’homo oeconomicus et à son penchant calculateur, ils préfèrent l’homo reciprocans et la théorie de la réciprocité forte. L’homme est naturellement enclin à la générosité, mais s’il constate que certains abusent de celle-ci, l’homo reciprocans n’hésite pas à les sanctionner. Et si les « passagers clandestins » sont protégés par le système social, c’est le système dans son ensemble qui perd sa crédibilité. Études à l’appui, Bowles et Gintis notent : « Les Américains sont quatre fois plus nombreux ( 65% contre 14%) à affirmer que le plus problématique dans le système d’aide sociale est qu’il encourage les gens à adopter un style de vie et des valeurs détestables » et non qu’ « il est trop coûteux pour les recettes fiscales. » L’homme se révèle bien plus moral que matérialiste et ce qui détermine son soutien à une politique sociale tourne autour de la question, « Qui mérite quoi ? », bien plus que « Qui obtient quoi ? » Être pauvre, noir ou sans emploi ne constitue pas une raison nécessaire pour profiter de la générosité collective ; encore faut-il la mériter. « En effet, le revenu et l’origine sociale sont de très pauvres facteurs prédictifs du niveau de soutien apporté à tel programme particulier ou à l’égalitarisme en général, affirment les sociologues. Le facteur le plus important est au contraire la représentation qu’ont ces personnes des raisons pour lesquelles le pauvre est pauvre, et, plus spécifiquement, les croyances relatives à l’importance respective de l’effort par rapport à la chance- ou toute autre circonstance fortuite qui échappe au contrôle de l’individu- dans l’explication des niveaux de revenu ». Il est dès lors inutile de stigmatiser des citoyens qui rechignent de plus en plus à financer un système à bout de souffle, non pas sur des critères « individualistes » ou « ultra-libéraux » mais au contraire sur des critères de justice et d’équité. Le modèle social français, comme d’autres, est poussif car parasité de multiples « passagers clandestins » qui vivent sur son dos. Il convient, non pas de l’achever, mais de le redynamiser. « Assurer à chacun un standard de vie minimum en protégeant les individus face aux risques sur lesquels ils n’ont pas de prise, sans pour autant les indemniser contre ce qui résulte de leurs propres choix ». Bowles et Gintis nous proposent une vision de l’homme et de l’économie positive et porteuse d’espoir, bien éloignée du cynisme ambiant que l’on rencontre dans le monde de l’entreprise et de la recherche économique. Intelligent, sérieux et réjouissant.


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