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Manager en politique

        Point de vue de Bruno Berthon - Directeur Général Conseil d'Accenture. Article de presse paru dans Les Echos le 15 février 2007
Quelques articles se sont récemment penchés sur le paradoxe Français en termes de performance compétitive: alors que la France est virtuellement championne du Monde des sports collectifs (Football, rugby, handball, basketball, escrime par équipes, relais masculin ou féminin en athlétisme ou natation, la France est toujours dans les premiers mondiaux), que les grandes entreprises Françaises sont presque toutes leaders dans leur secteur respectif (ce qui est d’ailleurs un grande différence avec la situation d’avant Mai 1981)
– citons ainsi Carrefour en  grande distribution Air Liquide ou Lafarge en biens d’équipement, EDF ou la SNCF en services publics, L’Oréal/Danone en Grande Consommation , BNP Paribas et Axa en Services Financiers/Assurances, Total dans le pétrole, Airbus et tant d’autres … la France, elle, en tant que nation, se traîne que ce soit en Europe ou dans le monde en termes de performance économique, mais aussi d’attractivité, et malheureusement et c’est plus nouveau de performance sociale (éducation, inégalités, coût/performance de l’administration…). Et ces experts de conclure que finalement le problème de la France n’est pas tant sa résistance supposée au changement, mais est bien dans l’incompétence de sa classe politique ces vingt-cinq dernières années comparée à ces managers/coachs/entraîneurs français qui sont à l’inverse parmi les plus performants au Monde : car au fond finalement c’est bien de gestion du changement qu’il s’agit, c’st-à-dire le cœur du savoir-faire des grands managers de tous bords.  
 
Quel peut être alors l’avis du consultant en cette année électorale pour aider les candidats à trancher avec cette inefficacité récurrente et à faire la preuve qu’en politique aussi la savoir-faire français peut être à la hauteur du défi ? Quels sont les règles à respecter en tant que futur leader pour réussir la transformation profonde de cette Nation dont tout le monde s’accorde à penser qu’elle est nécessaire ?
 
-          Tout d’abord, il faut qu’un leader ait une vision pour son « entreprise », vision qui ne soit pas simplement une ambition personnelle, mais bien une ambition collective, et qui crée envie et adhésion ; les candidats ont-ils aujourd’hui une vraie vision, qui ne s’arrête pas à des slogans et au « comment », mais propose effectivement une image du succès compréhensible et partagée, le « quoi » ; ce n’est pas évident aujourd’hui, et ils semblent tous les deux plus pressés de la faire partager que de l’exprimer ; force est de reconnaître que des grands politiques européens comme Tony Blair, Felipe Gonzalez ou un Président à succès  américain comme Bill Clinton ont su exprimer une vision de la transformation de leur pays qui était à la fois simple et convaincante, comme elle devrait l’être ;
-          La deuxième étape est d’identifier clairement les « capacités » nécessaires à la différentiation compétitive (de l’entreprise, de la Nation) ; au fond la France étant condamnée à un avenir de société libérale, c’est d’abord sa capacité à être performante dans ce type d’environnement qui déterminera son succès, même si la clarté et l’équité des règles de distribution des résultats seront partie intégrante du succès ; l’équipe de France de football a gagné en 2006 grâce à sa solidarité, en particulier défensive, ce qui n’enlève rien à la valeur essentielle de ses solistes brillants comme Zizou ; de même, la France doit s’appuyer sur sa culture de solidarité pour se défendre dans la compétition mondiale avec ses atours, l’innovation, l’intelligence industrielle, l’efficacité des infrastructures, tout en gommant comme elle sait le faire en sport ses tendances à l’individualisme et au râle collectif …
-          La troisième dimension clé est celle de l’équipe : le 21ème siècle ne sera pas Gaullien, il n’est plus aujourd’hui de surhomme capable de transformer une Nation « contre son gré ». Les meilleurs leaders s’appuient sur une équipe forte, soudée, ou chacun est prêt à assumer un rôle essentiel de manière exceptionnelle.
-          La quatrième dimension essentielle est celle de la mesure ; tout le monde reconnaît aujourd’hui que Jacques Chirac a un bilan globalement pauvre, mais c’est finalement sur certains sujets modestes qu’il a réussi de manière paradoxale, comme l’amélioration de la sécurité routière, parce que sur ce type de sujets, il a pu s’appuyer sur des indicateurs concrets et les réaliser ; ce pays a besoin de régularité dans la performance, ce qui suppose de choisir des indicateurs simples et d’en suivre l’amélioration dans la durée et sans dépendre d’un contexte politique quel qu’il soit ; et cela suppose aussi de s’appuyer sur des progrès rapides et constants sur la route tracée .
-          Enfin la dernière dimension, la capacité à gérer le changement, à mener une transformation profonde et douloureuse : ce talent là est malheureusement rare, et très difficile à détecter, même s’il s’appuie évidemment sur les éléments précédents.
 
Voilà quelques recommandations de démarche d’un consultant, qui s’appliquent certainement à notre environnement politique, malgré ce qu’en disent les politologues : en tous cas ce sont des critères d’évaluation pertinents des différents candidats et de leurs promesses, car leur capacité à les réaliser mais aussi à s’en détacher de manière pragmatique est essentielle dans le choix d’un Président.
 
 
Bruno BERTHON
Directeur Général Conseil
Accenture


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