Ouvrage de Claude Lussac - Editions du Palio - 187 pages
La violence du titre m’avait, je l’avoue, dissuadé de lire ce livre jusqu’à ce qu’une recommandation amicale m’y incite. Salaud reste en effet aujourd’hui une des injures les plus vigoureuses de la langue française. Difficile de s’en décoller qu’on l’ait infligée ou reçue !Grand bien m’a pris de surmonter cette réserve initiale car ce livre est plein de riches observations sur les comportements éthiques dans les entreprises. Pour déboucher, non pas comme je le craignais, sur des jugements à l’emporte-pièce si politiquement corrects et dégoulinants de connivence dont les débats médiatiques abondent mais au contraire sur une description précise de situations délicates où l’intérêt commun de l’entreprise entre en conflit avec celui d’une minorité voire d’un seul homme. Et où un « décideur », souvent solitaire, doit trancher.
Ou bien lorsqu’un petit conflit, une malveillance qui peut apparaitre minime de prime abord, grippe la machine et dégénère en violence, harassement ou complot opposant des collègues de niveaux hiérarchiques voisins.
Questions peu souvent débattues en public car on n’aime pas tellement en France exposer sa réputation de belle âme ou d’empathie généreuse aux risques de la prise de décision. Ni même tenter de tirer d’une situation de crise une leçon pour l’avenir.
Pas loin d’être exhaustif, ce livre passe en revue les dilemmes auxquels patron, DAF, DRH ou syndicalistes sont confrontés et où le mauvais chemin se présente bien souvent comme une alternative plausible, comme chacun peut d’expérience le constater.
La pesée éthique est aussi fine que précise et rarement péremptoire. C’est souvent un petit pas de coté qui fera franchir la ligne jaune. Ce qui nous envoie à des années-lumière de la détestable habitude de tatouer voire de tagger a priori tous les acteurs de la société française. Et nous ramène au point central que nous n’aurions jamais du quitter, celui de la responsabilité individuelle et du débat d’abord intérieur que chacun des acteurs décrits par Claude Lussac est appelé à trancher.
Aussi, une bonne place est réservée à examiner la longue liste des effets pervers –justement remémorés comme Serendip en souvenir du livre d’Alain Peyrefitte sur la société de confiance -de mesures prises pour encourager la vertu mais qui, pour de multiples raisons, appellent le contournement et donc par voie de conséquence développent les comportements condamnables.
Une part importante du livre, enfin, est consacrée aux nouveaux comportements nocifs que les technologies récentes ont générés. Ainsi, des transmissions pernicieuses
d’emails, des copies masquées inélégantes ou des copies surabondantes, « parapluies » destinés à éviter tout reproche ultérieur. Tout cela rendu si facile et si naturel par la facilité technique.
J’en suis même venu à trouver des mérites à ce titre difficile à avaler. Oui, nous devons nous poser fréquemment ces questions éthiques. Chercher à savoir si nous nous sommes aussi bien conduits qu’il aurait été possible dans telle ou telle circonstance. A savoir, en d’autres termes, si nos contacts dans les entreprises, toujours nombreux, parfois fréquents et durables, parfois éphémères nous trouvent « salauds » ou pas. Si on avait employé un euphémisme plus acceptable, nous poserions-nous la question ?
