Un ouvrage de Philippe Waechter et Martial You, Editions Alphée-Jean-Paul Bertrand, 2008, 169 pages, 18,90 euros
Nos auteurs ne sont pas optimistes… Vraiment pas optimistes ! Faut-il pourtant leur reprocher de ne pas prendre la dernière crise d’importance qu’ait connue le monde financier à la légère ? Non, ça va de soi. Dans ce bref essai, Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management, et Martial You, journaliste éco à BFM Radio, RFI, Les Echos, reviennent sur les éléments récents qui ont chamboulé l’économie mondiale.Avant tout, définir ce que sont les subprimes, « un emprunteur qui ne respecte pas les critères bancaires et a souvent déjà eu des défauts de paiement auparavant ». Autrement dit, un mauvais cheval sur lequel des banquiers peu regardants ne vont pas hésiter à parier étant donné la bonne tenue du marché immobilier. « Le raisonnement est on ne peut plus simple, expliquent les auteurs : si le prix de l’immobilier continue de progresser rapidement, celui qui a un crédit mais qui est en difficulté pour le rembourser pourra toujours revendre sa maison. Il paiera son crédit à son banquier et pourra même faire une plus-value. Le jeu peut en valoir la chandelle ! » Un monde presque parfait… Malheureusement, avec des « si », chacun refait le monde à sa convenance, jusqu’à ce que ce bel édifice s’effondre.
Ajouter à ce jeu de dupes, un phénomène de titrisation dans lequel chaque acteur s’y retrouve, « les banques pouvaient sortir les crédits de leur bilan limitant leur exposition au risque, les ménages trouvaient facilement des crédits pour acheter leur maison et les investisseurs disposaient d’un produit financier rentable et peu risqué ». Sans oublier le laxisme des agences de notation qui portent une responsabilité non négligeable dans le crack de ces titres.
In fine, ce qui devait arriver arriva, et la réalité (des ménages incapables de rembourser leur crédit) rattrapa la fiction entretenue par tous (chacun peut financer l’acquisition de sa
maison )….
Le ver bien installé au sein du fruit, le doute s’est installé au cœur du système, les banques se regardant en chiens de faïence : « Si mon portefeuille est pourri par des subprimes, qui me garantit que celui de mon concurrent ne l’est pas également… » À ce petit jeu, plus personne ne prête ! et c’est le commerce mondial qui s’en ressent. Les actifs immobiliers et les produits financiers qui y sont liés perdent de leur liquidité. La peur du mistigri, cet actif dont personne ne veut plus, sclérose le marché et brouille la confiance.
Finalement, la crise des subprimes n’est que la juste sanction d’un système qui s’est affranchi des règles de bonnes conduites. Et le parallèle avec les malheurs de la Société Générale est tout tracé. Les auteurs nous offrent à ce propos un portrait saisissant de Jérôme Kerviel, quasi-autodidacte exclu de fait de la caste que constituent au sein de la SG les diplômés d’HEC ou de Polytechnique, poussé implicitement par ses pairs et par un système tout entier à dépasser les bornes. « Pas vu, pas pris. Pris, pendu ! », telle est la logique Kerviel, tacitement acceptée de tous. Et si cette affaire Kerviel a eu un avantage pour la SG, c’est de faire oublier « les 2 milliards d’euros de dépréciation d’actifs enregistrés par la banque à cause des prêts immobiliers à risque ».
Pour les auteurs, la crise des subprimes change considérablement la donne mondiale. Aux jours sombres qui s’annoncent pour les entreprises et les particuliers américains et européens, s’ajoute une redistribution des cartes au profit des puissances émergeantes. C’est sans doute là l’intérêt majeur du livre, peut-être trop rapidement traité. « L’accumulation de réserves financières spectaculaires donnent un poids stratégique nouveau aux pays émergents ». La Chine, l’Inde, les Etats du Moyen-Orient, vont voir apparaître des entreprises internationales qui par l’apport des fonds souverains peuvent à court terme concurrencer l’Occident. Et nos deux auteurs d’avancer : « On peut imaginer que la crise des subprimes, en modifiant durablement le profil attendu de la croissance économique américaine, donne un avantage comparatif aux pays émergents ».
