Ouvrage de Henri Prévot "Trop de pétrole" aux Editions Seuil (305 pages)
Il faut sans doute être ingénieur général des Mines et avoir passé de nombreuses années dans ce secteur pour oser proposer un « programme cohérent et réaliste » sur la question de l’énergie et écrire un tel ouvrage. Quintessence de l’esprit polytechnicien dans ce qu’il a de bon et de discutable : respect des chiffres, définition claire du problème qu’on veut résoudre, des hypothèses et des contraintes, connaissance des données techniques et économiques, courage pour soutenir des idées non-conformistes mais parfois aussi convictions qui éliminent vigoureusement certaines perspectives trop incertaines.
Pour Henri Prévot, le problème prioritaire n’est pas du tout celui de la pénurie de pétrole puisque, pour réduire les émissions de gaz carbonique et lutter contre le réchauffement planétaire, il faudra réduire notre consommation d'énergie fossile. Donc nous avons au moins deux siècles de réserves connues devant nous.
Alors pouvons-nous réduire ces émissions pernicieuses ? Oui, on peut diviser par 4 en France nos émissions d’ici 30 ans sans modifier radicalement notre mode de vie et sans pressions sur l’industrie qui lui feraient perdre sa compétitivité. Après tout l’industrie ne consomme pas plus du tiers, les particuliers 2/3 de l’énergie.
Comment ? Voici quelques axes présentés par l’auteur : reprendre le développement des centrales nucléaires mais à un rythme modéré bien inférieur à celui des années 70-80, utiliser plus systématiquement la bio masse pour notre chauffage, économiser l’énergie de meilleure façon dans les maisons, utiliser la biomasse pour les automobiles (rappelez vous les gazogènes de l’Occupation ; bien sûr on peut faire beaucoup mieux aujourd’hui).
Mais le livre vaut aussi par les fausses bonnes solution qu’il élimine (éoliennes qui obligent à de fortes émissions quand elles ne tournent pas et trop subventionnées, éthanol à partir de colza au bilan énergétique économique et agronomique désastreux au moins dans notre pays).
Et il appelle à l’action en France sans attendre des accords internationaux encore lointains si non hypothétiques pour des raisons géostratégiques bien intéressantes.
Un livre qui rend optimiste sur nos possibilités d’action bien loin des visions apocalyptiques habituelles.
