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LA REPRISE EST POSSIBLE... si on oublie le monde financier - Juillet 2010 -

        L'édito d'Hervé Gourio - Délégué général -
La crise est finie… dixit le monde financier en regardant l’économie non financière !!! En effet, au vu des variables économiques acceptables qui paraissent quotidiennement, il n’est pas possible d’affirmer que nous sommes encore en crise. La croissance économique en France a été positive durant quatre trimestres consécutifs, elle a été toujours significative dans les pays émergents, et en Allemagne, le chômage baisse. L’heure n’est plus au pessimisme. Tout du moins d’un point de vue statistique.
Bien sûr, personne, aux Etats-Unis ou en Europe, ne prétend que nous soyons revenus à une croissance vigoureuse. Mais notons au passage, que sur le vieux continent, certains pays se débrouillent mieux que d’autres. Un pays comme la Pologne, par exemple, a vu une évolution positive de son PIB pratiquement sans interruption pendant toute la crise.
De l’art de délocaliser intelligemment
Le cas allemand est lui aussi intéressant à plus d’un titre. Nous voyons bien que nos voisins d’outre-Rhin réussissent non seulement à cause de leur capacité commerciale (produits, réseaux, etc.) à l’export, mais également de par la flexibilité du travail qu’ils ont su mettre en œuvre durant la dernière décennie. C’est la combinaison des deux facteurs qui me parait importante.
Les entreprises allemandes ont acquis un savoir-faire dans la capacité à délocaliser et sous-traiter une grande partie de la chaine de valeur. C’est ce talent qui explique le dynamisme allemand. Et les statistiques de leur balance commerciale ne le reflètent que bien imparfaitement car ces chiffres comme dans tous les pays apposent sur des transactions commerciales des drapeaux souvent difficiles à comprendre, surtout quand la production est fragmentée, sous-traitée et délocalisée. La nationalité de ces flux dépend d’une appréciation souvent arbitraire de la valeur ajoutée nationale, c’est une définition complètement ésotérique.
Ce dynamisme allemand se révèle incontestable au regard des statistiques du chômage qui elles-mêmes reflètent la volonté du leader européen de garder certaines compétences de main-d’œuvre dans le pays, quitte à pratiquer l’absence de salaire minimum national. L’Allemagne reconnait ainsi la dichotomie extrême entre main-d’œuvre qualifiée ou non. Ce que la France a beaucoup de mal à accepter. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle s’obstiner dans ce refus? Car, notre pays ne pourra faire l’économie de cette flexibilité du travail indéfiniment sans risquer de perdre le contrôle des composants les plus valorisés de la chaine de valeur. Qui trop embrasse, mal étreint.
 
 
Sans le développement social les chiffres ne pèsent pas bien lourd
Faut-il pourtant se lamenter sur des handicaps voués à disparaître, si ce n’est déjà le cas ? La crise est souvent affaire de perception. Souvenons-nous de la crise pétrolière de 72. Elle est encore considérée comme l’un des évènements majeurs de l’histoire économique récente alors même que le prix du pétrole avait  retrouvé son niveau d’avant crise douze ans plus tard. Et que la consommation de pétrole ne concerne que quelques % de l’économie des Etats-Unis.
Pour nous, l’essentiel n’est pas seulement dans le succès économique, mais également et surtout dans la richesse et la puissance des conséquences engendrées par la réussite des entreprises. Les bons chiffres, s’ils sont nécessaires, ne suffisent pas. Sans le développement humain et social et la contribution à un monde meilleur, ils ne pèsent pas bien lourd au crédit des entreprises.
Et là encore l’exemple des entreprises allemandes ou américaines qui réussissent est intéressant car y règne souvent un climat plus apaisé et heureux que dans bien des entreprises françaises.
Un climat apaisé qu’on ne retrouve pas au niveau macroéconomique. Car le spectre de la crise financière perdure du fait des masses de liquidité toujours présentes sur les marchés aux alentours. Si nous nous contentons des critères économiques, nous aurons une reprise, certes, mais bien trop fragile. Et nous risquerons, sans avoir réformé en profondeur le marché financier, une rechute encore plus spectaculaire, peut-être, que celle vécue en 2008.
Réforme de l’économie, surtout financière, et  réforme de l’entreprise : voici les deux pistes sur lesquelles nous devons nous engager. Si nous repartons comme auparavant, nous conserverons des modèles d’entreprises insatisfaisants.
C’est un chantier essentiel à la reprise réelle de l’économie. Vouloir changer l’économie sans changer l’entreprise est illusoire. Nous souhaitons, à Entreprise et Progrès, porter cette ambition d’une entreprise humaniste au cœur du débat public.
 C’est ce à quoi nous nous attacherons le 18 octobre prochain à l’occasion de notre colloque intitulé bravement « La Crise, une chance pour l’entreprise ! » Nous vous y donnons rendez-vous dans le magnifique cadre du Collège des Bernardins.
 
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