L'édito d'Hervé Gourio -Délégué Général-
2009, le défi pour nos élites
Comment la France va-t-elle réagir ? Comment la France peut-elle réagir ? C’est un défi posé à nos élites. Seront-elles à la hauteur. Le peuvent-elles d’ailleurs ? Car la coalition de trois déficiences de notre pays hypothèque sérieusement ses capacités au rebond.
Le frein économique est le plus flagrant. Nous l’avons dit et redit : nos entreprises, au premier rang desquelles beaucoup de nos PME, souffrent d’un handicap de compétitivité. Sans parler de la Chine ou des Etats-Unis, elles font face jusqu’à 5 points de fiscalité sur le coût du travail de plus que nos concurrents européens, ceux avec qui nous enregistrons le plus gros déficit du commerce extérieur. Nos entreprises supportent les charges « famille » et « santé » à un taux inégalé sur le vieux continent. Endurant ce fardeau, faut-il s’étonner que beaucoup d’entre elles ferment leurs portes ou licencient ?
Pour réduire les conséquences du darwinisme économique en cours- déjà les annonces de réductions d’effectifs dans, l’automobile, les banques, l’industrie pharmaceutique pleuvent au JT comme giboulées au mois de mars - nous devons nous attaquer au déficit de compétitivité dû à l’excessivité des charges sociales qui pèsent sur les entreprises. Au moment où l’inflation marque le pas voire recule, une fenêtre d’opportunité s’ouvre où les impacts inflationnistes sont peu probables. En outre, reporter de telles mesures serait une profonde erreur politique. En période de crise, la timidité n’a pas sa place.
Le Gouvernement, à juste titre, se polarise maintenant sur l’emploi et non sur le pouvoir d’achat. La solution viendra en effet de la survie d’entreprises viables, capables de garder leurs salariés aujourd’hui et d’embaucher à nouveau le moment venu, et non pas du soutien artificiel de la demande. Il convient de poursuivre dans cette voie. Mais pourra-t-il durablement prétendre le faire en minorant la question de la compétitivité. Si l’investissement et la recherche sont essentiels, pourquoi persévérer à plomber de charges sociales nos entreprises qui peuvent seules justifier ces dépenses ! La solution, nous la connaissons, tout comme le gouvernement, elle se nomme transfert d’une partie des charges sociales vers une assiette autre que celle des entreprises. Autrement dit : TVA sociale.
L’autre frein touche à notre politique d’assistance sociale qui se révèle largement inefficace. Mohammad Yunus l’affirme : « Le social, ce n’est pas laisser les pauvres dépendre de l’assistance, c’est leur donner les moyens de gagner leur vie ». Nous avions au mois d’octobre rencontré Hélène Strohl pour son ouvrage « L’Etat social ne fonctionne plus ! ». Inspectrice aux affaires sociales depuis trente ans, elle nous confiait : « Mon métier consiste à remplir des armoires ». Son diagnostic est sans concession : le modèle rationaliste et étatiste né au XIX e siècle est aujourd’hui dépassé. « La société n’est pas plus individualiste qu’auparavant, constate-t-elle, mais les personnes les plus isolées ont beaucoup de mal à trouver² ces liens de proximité ». L’Etat doit-il se substituer aux communautés comme il a eu tendance à le faire depuis un siècle ou doit-il favoriser les solidarités locales ? Toujours plus de personnes aux Restos du cœur, des prisons surpeuplées, des dépenses de santé qui enflent irrémédiablement, une question du logement qui n’en finit pas de faire et refaire chaque année la une des journaux l’hiver s’annonçant et un système d’aide au retour à l’emploi qui ne fonctionne que très partiellement… Voilà autant de facteurs très divers mais bien visibles des carences de notre système social. Peut-on se priver d’un débat ouvert sur cette question ? « Décentraliser, décloisonner, manager » proposait notre invitée. Des avancées sont en cours, comme la fusion UNEDIC-ANPE ou bien l’impossibilité de refuser un emploi, à plusieurs reprises, tout en touchant les ASSEDIC. Faut-il également revenir sur le RSA qui de l’idée au projet a été profondément dénaturé… malheureusement. Avec la crise, la France, et les Français, doit pouvoir compter sur une politique sociale efficace, et si possible peu onéreuse. Nous avons aujourd’hui l’inverse.
La dernière inquiétude porte sur nos valeurs, ciment de la cohésion sociale d’une nation. Sur ce plan, comme sur les précédents, nous nous révélons bien mal équipés. A la différence des Etats-Unis, où l’élection de Barak Obama vient de témoigner de la capacité de nos amis américains à se regrouper autour du drapeau même porté par un leader si différent de son prédécesseur. En temps de crise, au moment de prendre des décisions difficiles, le patriotisme est un atout qui permet d’envisager un avenir meilleur avec plus de confiance. Plus près de nous, le Royaume-Uni est aussi, mais dans une moindre mesure, très patriote. Le caractère insulaire de la Grande-Bretagne et le souvenir de la victoire de 1945 n’y est sans doute pas étranger. Quant aux Allemands, la solidarité germanique, la conscience d’appartenir à un même peuple, compense largement l’absence de nationalisme, notion prohibée outre-Rhin depuis les errements du XXe siècle.
En France, les discours d’Henri Guaino peuvent-ils suffire à masquer la crise identitaire que nous traversons depuis longtemps ? Sur quelles valeurs particulières à la France et partagées par l’ensemble de ses citoyens pouvons-nous faire reposer les efforts que la crise nous dictera ? Là encore, la crise nous surprend déficients, spectateurs désenchantés de simulacres de réformes et des meccanos budgétaires imaginés par nos gouvernants et nos hauts fonctionnaires et nourris de la bouillie sentimentale touillée quotidiennement par tant de média. A cela s’ajoute malheureusement l’indifférence de trop de dirigeants d’entreprises grandes ou petites pour la chose publique. Nos élites sauront-elles être à la hauteur ? 2009 nous le démontrera. Le moment est venu de refonder le cocktail unique d’intelligence, d’élégance, d’imagination et de générosité qui pendant plusieurs décennies a été la marque de « l’esprit français ».
