La marmite, qui a fonctionné pendant une vingtaine d’années, est maintenant bien connue de tous, ainsi que sa tendance à exploser régulièrement et parfois violemment comme l’an dernier. Une surabondance de liquidités pompées depuis 20 ans par plusieurs banques centrales, des taux directeurs très bas et des acteurs financiers doués de créativité et de ce fait, d’outils mathématiques portant la performance des investissements financiers à des niveaux bien supérieurs à celui des taux d’emprunt normaux. Tels sont les principaux ingrédients de la crise actuelle. Qui continue allègrement : avec les taux et les ressources actuelles, c’est la joie. Et le couvercle recommence à claquer, et les rémunérations des traders de susciter l’opprobre alors que la crise multiplie le nombre de chômeurs et de miséreux dans le monde entier.
Les acteurs financiers qui font bouillir les marmites ont un visage, les traders, détenteurs de connaissances encore insuffisamment répandues pour que les meilleurs ne soient pas recherchés et surpayés. Au passage, notons que l’enseignement de ces innovations financières se combine assez bien avec le dopage aux mathématiques administré dans les classes préparatoires scientifiques en France. D’où la forte présence de compatriotes dans l’espèce honnie. S’il est souhaitable, comme nous le pensons, de réduire des rémunérations extravagantes, on pourrait commencer par répandre ces connaissances, ces outils et ces techniques. Nos grandes écoles devraient prendre la tête de ce mouvement. On peut même songer à créer une grande école spécialisée en mathématiques financières avec des apports de l’X, de HEC et de l’ENSAE, entre autres, et ouverte aux étudiants du monde entier.
Mais cela ne suffira évidemment pas à refroidir rapidement la marmite que les traitements récents des gouvernements et banques centrales ont encore réchauffée plus que de raison. Pas plus que des normes volontaristes ou fiscales purement nationales. Bloquer le couvercle de la marmite française n’empêchera pas la marmite britannique ou américaine de bouillonner. Et d’attirer nos traders dont les émoluments continueront de faire jaser.
Si on veut réduire le sifflement de toutes ces bouilloires, il y a au moins une condition nécessaire à remplir qui ne parait pas follement irréaliste. Les Etats – sinon tous les Etats, au moins les plus importants - doivent cesser de garantir la survie de banques d’investissement et les dépôts des clients dans ces type d’établissements financiers Ce qui imposera probablement le retour à les séparer complètement des banques qui prêtent à l’ « économie réelle », et dont la faillite, elle, fait courir un véritable risque systémique.
Evidemment la perspective de revenir au Glass Steagall Act, ou bien à ses équivalents dans d’autres pays, ne peut pas réjouir les dirigeants actuels des banques qui devront pour certains s’occuper des ennuyeuses banques de détail et renoncer aux profits formidables de la banque d’investissement.
Mais au moins, ainsi les choses seront claires. D’un coté, une activité très juteuse mais avec des risques réels, y compris celui de faire faillite et de tout perdre comme l’ont expérimenté les traders et dirigeants de Bear Sterns et de Lehman, à l’automne dernier. Et aussi leurs clients. Ce que l’apparition d’un risque systémique a interdit, en amenant les gouvernements a donner aux banques clientes des compensations aux pertes essuyées du fait de leurs placements chez Lehman ou AIG.
A l’opposé existe une activité mieux protégée du risque de la faillite, du fait de la garantie implicite des Etats, mais à qui les placements excessivement risqués sont pratiquement interdits, en tous cas rendus très difficiles, du fait de la réglementation bancaire. Les banques centrales devraient elles aussi être en conséquence attirées vers des comportements plus vertueux en régulant la masse monétaire des banques de détail plus que celle des petits génies de l’effet de levier. C’est pourtant la liquidité de ces derniers qui a dicté les interventions de
Cette condition nécessaire ne sera sans doute pas suffisante pour réduire les excès de la finance. Mais au moins, constitue-t-elle un point de passage obligé si on veut avancer dans la bonne direction. La réglementation fine des bonus/ malus comme vient de le demander avec force Nicolas Sarkozy va bien sur aussi dans la bonne direction. Mais à supposer même qu’elle soit adoptée worldwide , peut-on imaginer qu’elle sera suffisante pour éviter le retour aux déréglements économiques périlleux d’hier ?
