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Edito Hervé Gouri -Février 2008-

         - Délégué Général d'E&P -

La société civile devant ses responsabilités

Le rapport de Jacques Attali sur les freins à la croissance est l’accumulation des idées pertinentes des membres de la commission qu’il a présidé. Et il faut convenir que l’ensemble présente bien. Et qu’au vu de la densité du document, les membres ont été sélectionnés  avec beaucoup de pertinence. Dans cet inventaire des réformes à  engager, des nœuds à faire sauter, beaucoup de bonnes propositions s’offrent au Président Sarkozy. Et c’est vertueux.

Est-il néanmoins complet ? s’interrogent certains. N’est-il pas pléthorique ? répondent d’autres, en échos. Et s’il était les deux à la fois ?

 

Pléthorique, sans doute. Car avec ses trois cents mesures qu’il souhaite voir appliquées de manière exhaustive, Jacques Attali risque de tuer à la tâche des parlementaires déjà abondamment mis à contribution par un président de la République hyperactif. Ça râle dans les couloirs du Palais-Bourbon. Les députés ne seraient-ils bons qu’à enregistrer les recettes miracles dégagées par les experts nommés par l’Elysée sans pouvoir en amender l’ombre d’un article ? À lire les échanges aigres-doux entre Edouard Balladur jugeant le rapport …. et l’ancien conseiller de François Mitterrand lui répliquant sèchement … , il est fort à parier que les élus ne joueront pas les moutons dociles sans apporter leur patte à la transposition législative du rapport. Établir les plans d’une réforme est une chose,   la mettre en œuvre, l’appliquer, en est une autre. Ignorer l’action sociale et parlementaire n’est sans doute pas la meilleure des méthodes pour arriver à ses fins : débloquer les freins à la croissance en France. D’autant plus qu’ayant définitivement tourné le dos à l’état de grâce propre à toute élection présidentielle, Nicolas Sarkozy ne dispose plus d’un capital d’opinion favorable qui lui permette de se passer d’une stratégie cohérente. Toutes les réformes ne pourront passer, mieux vaut établir des priorités, car certaines sont plus urgentes que d’autres. De ces trois cents  mesures, il est nécessaire d’établir des priorités ; et ce travail reste à faire.

 

Le rapport Attali est-il alors complet ? Non, répondrons-nous, car, il demeure centré sur l’action gouvernementale, il ignore les freins présents au sein même de la société civile. Le rapport ne manque pas de réflexions corrosives sur les travers de la société française, son penchant pour les inégalités, son goût pour le maintien des privilèges acquis. À peine le document final ébruité dans la presse, que taxis et autres professions réglementées menacent déjà de représailles électorales. La preuve que le rapport pointe le doigt où cela fait mal. Mais il convient d’aller plus loin dans la transition d’une société en partie sclérosée  vers un modèle plus performant qui est l’objectif de la Commission.  Et ce travail, l’Etat ne peut le mener seul.

 

Il faut soutenir l’action des acteurs civils. Donner confiance aux petits entrepreneurs qui, en banlieues, dans le monde rural, dans les secteurs les plus divers, ne demandent qu’une chose, la liberté d’essayer, la liberté de prendre des risques, la liberté de construire leur entreprise. Cet objectif ne peut être atteint sans démanteler l’hyper-judiciarisation des rapports du travail qui freine l’initiative et instaure un climat de suspicion entre l’employeur et ses salariés.

 

Pris en tenaille entre une complexité du droit du travail devant laquelle nombre de patrons de PME sont désarmés et l’intrusion du pouvoir judiciaire qui introduit un facteur d’incertitude dissuasif, les entrepreneurs comme les salariés ont besoin de confiance. Si le gouvernement doit prendre ses responsabilités, ce chantier doit également être investi par les « forces vives de la nation ». Il y a un programme de la société civile qu’il faut mettre en œuvre. L’Etat ne pourra, et ne devra pas tout faire.

 

L’entreprise doit assumer sa responsabilité. C’est ce qui inspire Entreprise et Progrès depuis toujours et laisse, à une association comme la nôtre, une place pertinente dans le débat public.


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