Finira-t-on par briser l’épais silence qui enveloppe le dossier de la formation professionnelle ? Omerta relative, il faut le reconnaître, car la Cour des Comptes y a consacré un chapitre de 36 pages dans son dernier rapport annuel rendu public le 8 février *qui aurait dû faire parler. Elle y dénonce, « des modes de collecte complexes et mal contrôlés », « des contrôles mal définis et peu opérants », une surabondance des moyens alloués qui « n’ont pas encouragé les OPCA, sauf exception, à s’engager dans la voie de la recherche d’une plus grande productivité », «une contribution au financement du paritarisme qui manque de transparence »́… En dépit de ce réquisitoire sans concession, une fois sèche l’encre des quelques colonnes qui furent consacrées à l’événement dans les journaux, plus rien. Chez les politiques, silence radio. Chez les partenaires sociaux, syndicats patronaux ou de salariés : bouche cousue. Nul n’ose s’attaquer au dossier, car derrière se cache celui du financement des organisations syndicales professionnelles et salariées. Danger, dossier explosif !
La formation professionnelle brasse des sommes importantes. Les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) – dont la mission est d’aider chômeurs et salariés peu qualifiés à parfaire leur formation professionnelle - reversent aux cinq grandes centrales et aux syndicats patronaux 0,75% des 5,15 milliards d’euros collectés (chiffres pour 2005) auprès des entreprises. A cela s’ajoute un Fond national de gestion de la formation professionnelle (Fongefor), créé en 1996, qui chapeaute l’ensemble et reverse à son tour 0,75% de la collecte aux partenaires sociaux. En 2001, par sa seule participation à la gestion de la formation professionnelle, la centrale CGT a touché presque 4 millions d’euros. La CFDT, 5,5 millions. Du coté patronal, il est fort à parier que l’IUMM a profité de ce pactole. Ceci explique sans doute le peu d’ardeur au changement, personne n’y ayant intérêt.
Une lueur d’espoir néanmoins. Les engagements pris par Laurence Parisot de faire certifier les comptes des fédérations professionnelles devraient contribuer à lever une partie du voile sur les chiffres exacts consacrés à la formation professionnelle.
Les syndicats de salariés suivront-ils cette voie vertueuse ? Ou persévéreront-ils à entretenir l’opacité de leur financement au moment où la question de leur représentativité – autrement dit de leur poids en terme d’adhérents - est posée ?
Mais au-delà de la question du financement du système, importante, certes, c’est celle de son efficacité qui se pose de manière criante. Une part disproportionnée des dépenses de formation concerne des salariés déjà très bien formés et qui n’en ont que très relativement besoin. En revanche, nombreux sont les salariés « de base » qui se trouvent démunis le jour où leur entreprise met la clef sous la porte. Contraints de se réorienter, ils n’en ont pas les moyens, faute d’avoir acquis une formation alternative à leur strict emploi d’origine. Carence d’autant plus regrettable que désormais, la majorité des salariés passent d’un emploi de service à un autre emploi de service. Il n’est plus question de faire d’un paysan, un ouvrier, ou d’un ouvrier, un secrétaire. Au sein d’un même sectaire tertiaire, la réadaptation, sans être aisée, est possible. Encore faut-il l’anticiper.
Reste les cas difficiles des restructurations industrielles où des salariés ont été durablement affectés à des tâches sans marge d’initiatives, aucunes. Par ailleurs, comment ne pas voir le rôle clef joué par le déficit de formation lorsque l’on constate la scandaleuse inadaptation de l’offre de travail dans certains secteurs de l’économie et la demande d’emploi !
Pour nous, à Entreprise et Progrès, c’est une faute grave pour une entreprise d’exploiter un capital humain sans viser à l’enrichir et en acceptant qu’il se déprécie progressivement. Une faute à l’encontre de la personne embauchée. Une faute à l’encontre de l’entreprise qui perd ainsi de sa valeur propre.
Du côté de l’offre de formation : Prolifération d’organismes trop petits et sans grands moyens, pas toujours compétents et peu engagés par des obligations de résultats, le système prête le flanc à des dérives parfois honteuses. Nos cousins allemands ne sont pas coupables des mêmes errements et ont su mettre en place une organisation efficace. Quant à nos voisins britanniques, ils ont su redresser la barre par d’ambitieuses réformes lancées il y a une dizaine d’années.
C’est un vrai problème et c’est une question qui ne tardera pas à s’imposer au calendrier des dossiers prioritaires. Nous souhaitons faire le point sur les initiatives efficaces expérimentées par nos adhérents et par d’autres entreprises dans le domaine de la formation professionnelle. Il conviendra également de comparer les pratiques des multinationales qui opèrent en France.
Si vous souhaitez contribuer à ce futur chantier, en partageant vos expériences et enseignements, n’hésitez pas à nous le faire savoir en vous adressant à notre secrétariat :
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*http://www.ccomptes.fr/CC/documents/RPA/10ContributionEntreprisesFormationProf.pdf
