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Edito Hervé Gourio -Mai 2008-

        - Délégué Général d'E&P -

Le modèle social français est mort ;
     Vive le modèle social français !
Q
ue le roi soit mort, comme le proclamait le vieil adage capétien, beaucoup en conviennent. Mais dans les pratiques tant politiques que sociales, l’emblématique modèle social français tarde à livrer son dernier souffle.

Le débat sur l’exemplarité de ce modèle n’est d’ailleurs pas clos. Un modèle social qui n’est ni exemplaire, car nullement copié par nos voisins, et encore moins social, au vu de son bilan pour le moins mitigé. À grands frais pour nos finances publiques et pour les générations futures, il n’a rien empêché du développement de la misère, ni de l’asthénie de la croissance. Mais ce modèle a toujours ses chantres.

 

Et les réflexes nous y rattachant ont la vie dure. Le président de la République, sommé de garantir le pouvoir d’achat de ses compatriotes, ne peut qu’opposer ce malheureux constat : « Les caisses de l’Etat sont vides » ; comme si les revenus des Français provenaient des deniers de l’Etat… Lourde hérédité de trente années d’étatisme ! Et lorsque les solutions du rapport Attali, y compris les plus raisonnables, sont proposées aux Français, elles provoquent l’immédiat et instinctif  tir de barrage des forces de l’immobilisme.

 

Survivra-t-il longtemps le roi au chevet duquel se pressent éditorialistes, hommes politiques, économistes, sociologues et syndicalistes ? Ces docteurs en tout genre sont soucieux de le prolonger jusqu’à l’acharnement thérapeutique. À dire vrai, nous ne croyons pas qu’il en ait pour longtemps, et le déplorable tableau de ces jeunes Français surdiplômés qui s’en vont toujours plus nombreux chercher fortune et reconnaissance sur les terres étrangères achève de nous en convaincre. La fin est proche.

 

Mais quel visage pour son successeur ? Car de dauphin légitime, nul n’en connaît pour l’heure. Nous viendra-t-il de l’extérieur, des royaumes du Danemark ou d’Espagne ou bien du plus lointain Canada ?

 

            Pour l’heure, il nous semble plus important de sortir des idées reçues qui collent à notre société que d’échafauder des plans sur la comète, aussi géniaux soient-ils. Les jeunes Français seraient fâchés avec l’économie de marché, alors qu’ils créent désormais plus d’entreprises que les autres Européens. Ce sont, certes, des projets plus individualistes que collectifs, mais en cela, ils sont bien français ! Nous menons depuis plusieurs mois à Entreprise et Progrès une action en partenariat avec des professeurs de plusieurs collèges de Seine-Saint-Denis. Notre objectif, partagé avec le corps enseignant: Initier les collégiens à la réalité de l’entreprise tout au long de l’année scolaire via le traitement d’un cas pratique portant sur la création d’une société. Cette action est menée dans le cadre de ce que l’Education Nationale nomme dans son jargon, la DP3, pour découverte professionnelle à raison de 3 heures  par semaine en classe de 3e. Cette expérience riche d’enseignements conforte notre conviction : Les Français ne sont pas plus que d’autres allergiques à l’entreprise ; le tout est de leur montrer les avantages concrets et à portée de main qu’ils peuvent en tirer personnellement. Voilà dans des comportements bien réels, un démenti au fameux sondage qui affirme que seul 30% des Français croient en l’économie de marché. La majorité des collégiens que nous avons rencontré se voient bien monter leur entreprise, eux.

 

Autre sondage (IPSOS), positif celui-là., 70% de nos compatriotes, quel que soit leur penchant politique, souhaitent que Nicolas Sarkozy réussisse à changer la France. Le désir de changement, exprimé par les suffrages accordés aux trois principaux candidats de l’élection présidentielle, n’a pas disparu. Il convient de ne pas l’oublier !

 

Oui, des possibilités d’évolution existent. Alors, que faire pour permettre au nouveau « roi », encore bien jeune, de croître et embellir ? Les possibles initiatives ne manquent pas, mais faut-il encore les laisser éclore.

 

Soyons provoquant : la France ne souffre pas tant d’un déficit d’égalité ou de fraternité que de liberté. Un problème, une loi, un règlement, un corset de plus qui étouffe l’énergie du pays et de ses entreprises, voilà la recette systématiquement appliquée. Et, au-delà de la politique, les pratiques et comportements conformistes au sein de nos entreprises sont aussi condamnables que l’inertie administrative. Beaucoup de nos concitoyens seraient surpris de constater qu’à trois heures de Paris on puisse trouver naturels des comportements impensables ici. À commencer très prosaïquement par cette facilité à discuter les propos du supérieur hiérarchique, une attitude qui tranche avec la déférence étouffante qui règne dans nombre de directions d’entreprises françaises.

À nous de montrer tous les jours que l’irrévérence, l’originalité, et donc la créativité, ne sont pas de vilains défauts. Le succès des entreprises passe par l’engagement individuel de l’entrepreneur qui n’a pas besoin qu’on lui souffle la conduite à tenir, encore moins qu’on le bride par une réglementation pesante, qu’elle soit inscrite dans la loi ou plus pernicieusement dans les esprits.

 

Redonnons de l’air à tous les niveaux, il faut le répéter, voila le chemin pour recréer un modèle social français. Parmi les entreprises françaises qui ont réussi combien procèdent du modèle étatique illustré par EDF, le CEA, ou aujourd’hui Areva ? Combien au contraire résultent de la personnalité de leurs leaders ?

Les entreprises, sauf quelques moutons noirs, ont intérêt à continuer d’améliorer le sort de leurs salariés et la solidarité et l’égalité républicaines n’ont rien à craindre d’une plus vive liberté. Les carcans administratifs sont pour bien des PME un moyen efficace d’éteindre toute velléité d’innovations sociales. Avec les partenaires sociaux aussi, c’est au niveau de l’entreprise qu’il faut insuffler l’air du changement par la libéralisation des accords entre représentants des salariés et employeurs afin de définir la meilleure manière d’affecter la part de la valeur ajoutée aux investissements, aux salariés, aux actionnaires.

 

Le modèle social français est condamné. Certains le pleurent déjà. D’autres s’en réjouissent. Dans les bureaux des ministères, dans les cercles de l’énarchie, les plans sont tracés, les données calculées, les analyses déchiffrées, les desseins imaginés. Peine perdue ! Car c’est à la base, dans les entreprises libérées que les accords seront trouvés, que le nouveau modèle social français sera engendré. Quel que soit son aspect final, pourtant, il n’en sera pas moins « solidaire » que son aïeul. Il sera à l’image de la France.

 



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