La crise et le gouvernement :
adéquation des soutiens ? et conséquences perverses ?
Dans le kaléidoscope des réactions médiatiques à la crise (allant de l’ignorance de néophytes ignorants au catastrophisme plus ou moins intéressé) il manque la réaction économique pure et dure, schumpetérienne. La crise, si elle se révèle d’ores et déjà douloureuse - et elle l’est, il n’est qu’à penser aux milliers d’Américains à la rue car dans l’impossibilité de rembourser leurs emprunts immobiliers -, demeure néanmoins bénéfique au capitalisme à moyen terme. D’un point de vue strictement économique, elle permet de renforcer les forts et d’éliminer les faibles et donc d’améliorer la performance globale du système économique. Sorte de sélection naturelle. Tous les entrepreneurs en position favorable ont béni ces « orages désirés ». L’adage est bien connu et ne manque ici pas de pertinence : « Tout ce qui ne me tue pas, me renforce ».
Mais ce cynisme est-il de mise en France ? A mon sens, nous n’en avons pas les moyens, tant l’état de notre économie est préoccupant. Contrairement à certains de nos voisins, la France entre dans cette crise un peu faiblarde, c’est le moins que l’on puisse dire. Un déficit du commerce extérieur de plus de 50 milliards d’euros nous rappelle mois après mois le manque de compétitivité de beaucoup d’entreprises. Des investissements insuffisants des entreprises purement françaises avec pourtant un taux d’autofinancement proche de 50 %. Des progrès de productivité insuffisants. Comme le signalait il y a 4 ans le rapport Artus Betbéze les résultats des PME françaises sont la moitié de ceux des PME allemandes. Nous avons, à Entreprise et Progrès, déjà beaucoup et de longue date, travaillé sur cette question. Mais aujourd’hui, il y a urgence. Nous lançons donc un nouveau chantier afin de dégager des mesures à court terme pour soutenir et renforcer les PME, source de l’emploi et de la croissance. Toute contribution d’entrepreneur est bienvenue.
Face à ces menaces sur les entreprises, si l’énergie du Président Sarkozy a pu donner un élan providentiel au niveau européen et mondial à la stratégie initiée par Gordon Brown pour protéger les banques du risque systémique, on ne peut pas trouver les mêmes mérites, exceptionnels il est vrai, aux deux plans de soutien à l’économie et à l’emploi qui viennent d’être annoncés.
Comme toujours Bercy rejoue avec des variations la chanson familière des aides plus ou moins complexes et parcimonieuses qui ne s’attaquent pas au problème clé : la rentabilité des entreprises et la confiance des entrepreneurs. Voici donc des mesures d’aide à l’investissement, savamment dosées, de soutien de trésorerie avec un médiateur, chien de garde certes ultra compétent pour vérifier que les banques n’accaparent pas la manne publique. Et, pour couronner le tout, le lancement d’un fonds souverain capable de racheter les entreprises menacées par des prédateurs, mais dont on espère que, comme par le passé, il ne sauvera pas les canards irrémédiablement boiteux au motif de « protéger les Français ».
La France est un vieux pays pétri par des siècles de colbertisme et d’interventionnisme de l’Etat. Dans un pays qui ne croit pas au marché, pointe aujourd’hui la tentation d’en rajouter dans le dirigisme public alors même que la France se trouve déjà sur- réglementée. Ce ne sont pas ces mesures qui raviveront la confiance des PME, encore une fois clé de la survie et du rebond.
Exprimons pourtant un espoir : que l’orientation de la politique économique vers l’investissement au lieu de la consommation, annoncée par Nicolas Sarkozy dans son dernier discours, se traduise, après ces premiers gestes censés rassurer nos concitoyens, par des mesures centrées sur les obstacles clés.
D’ici là, il ne faut pas perdre de vue que cette approche très franco-française est lourde d’une autre menace. Le monde est ouvert. Le cloisonner, pour un pays aussi exportateur que le notre, c’est faire fausse route. Certes la tentation est forte de se protéger lorsque nos voisins et concurrents renforcent leurs industries à grand renfort de subventions. Laisser Renault et PSA, et plus largement les marques européennes sans soutien alors que les Etats-Unis supportent sans fard General Motors, Chrysler ou Ford, serait dommageable.
Mais c’est oublier que les Etats-Unis, tout libéraux qu’ils sont, ne se trouvent à l’abri d’aucune dérive protectionniste. Et le candidat Obama a été très réticent à proclamer des convictions libre-échangistes. Le retour de balancier peut aller très loin. Comme à leur habitude, les Etats-Unis ne manqueront pas de tirer les conséquences de leurs errements passés pour réagir. Les demi-mesures ne sont pas dans leur tempérament ; l’affaire ENRON a amené Sarbanes Oxley, une réglementation draconienne. Dans le cas de la présente crise financière, il est à craindre qu’ils ne sur-réglementent plus que de raison et que le nouveau gouvernement américain ne cède aux sirènes démagogiques de l’isolationnisme. Or, le risque le plus grave pour la reprise de l’économie, car il y aura reprise tôt ou tard, c’est le protectionnisme. Plus que tout autre politique, elle contribuerait à gripper durablement le système. Par notre exemple, n’encourageons pas les Etats-Unis à emprunter cette voix, ils n’en ont pas besoin. Nous non plus.
