Les entreprises et le modèle social français
Que peuvent faire les entrepreneurs ? Désolé de débuter la rentrée avec de mauvaises nouvelles, mais il faut regarder les réalités en face de temps à autre. Non seulement le modèle social français s’avère impuissant à inspirer nos concitoyens, mais les choses ont tendance à empirer.
L’Insee nous indique, mois après mois, que le moral des Français s’érode sous l’action des mauvaises nouvelles économiques et des désillusions politiques. Avec 48% de pessimistes, il atteignait, fin juillet, un niveau jamais atteint auparavant. Paradoxalement, il fût une époque, celle du Gaullisme mythologique et des Trente Glorieuses, où le moral de nos compatriotes s’envolait allègrement en tête de celui des nations occidentales.
Nous sommes, aujourd’hui les Européens les plus moroses, comme nous sommes les moins rigoureux en matière d’éthique[1], les moins réactifs face aux problèmes, et comme nous sommes ceux dont la jeunesse est la plus docile et la plus conformiste[2]. Cette situation n’est pas nouvelle, elle perdure depuis 25 ans.
Bien sûr, ces obstacles culturels à la croissance sont identifiés, mais les surmonter semble naturellement difficile à un gouvernement démocratique et qui entend respecter les règles de droit. Et ce, quelle que soit l’énergie déployée pour initier de multiples réformes. Le politique semble relativement impuissant à bousculer l’inertie sociale.
De son côté, que peut l’entreprise pour améliorer la situation? Question incongrue, diront certains. Refonder un modèle social efficace n’est certes pas la préoccupation première des grandes entreprises multinationales qui se bornent à pousser régulièrement leur organisation interne vers un modèle toujours plus libéral, alors même que le marché français ne constitue qu’une petite partie de leur activité.
Et pourtant, 40 multinationales déracinées ne font pas le monde de l’entreprise. Entreprise et Progrès peut se targuer, quant à elle, d’avoir dés sa création dans les années 70 encourager un changement fort des relations du travail et plus globalement des relations sociales en France.
Fidèle à notre conviction originelle, il nous apparaît difficile aujourd’hui de détourner le regard des réalités qui dérangent. L’entreprise ne doit pas s’isoler par un comportement irresponsable et, pourquoi ne pas le dire, anti-social. Elle a une responsabilité sociale à assumer, elle doit être un exemple. Il convient ainsi de faciliter la diffusion dans l’ensemble de la société de bonnes pratiques dont l’entreprise use de manière courante, et qui sont susceptibles d’aider aux changements profonds qui s’imposent désormais à notre pays. Il s’agit par exemple, de la pratique de débats plus ouverts sur les politiques et les stratégies, de l’instauration de relations hiérarchiques moins formelles, de l’attention portée aux comportements éthiques ou de l’humilité devant les préférences des clients. De tout cela, la société gagnerait à s’en inspirer.
Mais il faut également corriger certains comportements d’entreprises – toujours trop nombreux- qui bloquent cette perméabilité de l’entreprise et de la société que nous appelons de nos vœux. Nous ne nous attarderons pas dessus, car les médias ne se privent pas de dénoncer « patrons voyous » et « entrepreneurs sans scrupules ». La caricature est tentante, mais sommes-nous, cependant, exempts de critiques, lorsque sont évoqués la transparence et les privilèges indus ?
Le modèle social français a besoin de l’entreprise. Encore faut-il que celle-ci prenne conscience de sa responsabilité et évolue en conséquence.
[1] Seulement 40% des Français trouvent « injustifiable de réclamer indûment des aides publiques auxquelles on n’a pas droit ». La moyenne européenne est de 70%. Cf. La société de défiance, de Yann Algan et Pierre Cahuc, éd. Rue d’Ulm
[2] Pour 32% des jeunes Français, il est d’abord important d’être à la hauteur des attentes des autres, contre 20% en moyenne pour les autres nations européennes. Cf. Les jeunesses face à leur avenir, sous la direction d’Anna Stellinger, Fondation pour l’innovation politique.
