Le monde bouge, bougeons avec lui !
La crise alimentaire fait rage, le prix des matières premières s’envole à des niveaux jamais atteints, des régions entières sombrent dans une précarité alimentaire inquiétante. Du Mexique à la Cote d’Ivoire, de l’Afrique du Sud au Bangladesh,.des révoltes de la faim éclatent.Les médias nous alarment tous les jours ou presque.
Aujourd’hui, nul n’ignore plus la gravité du dossier. Mais comment se fait-il qu’un tel phénomène ait pu surprendre autant de monde ? Car le phénomène n’a rien d’irrationnel. Les faits sont là, les mauvaises récoltes, l’engouement pour le bio-carburant qui envahit les terres cultivables, expliquent cet emballement aux conséquences catastrophiques. Et pourtant, peu d’observateurs nous ont alerté du danger.
Autre exemple, la crise des subprimes aux Etats-unis. On construit un peu trop, la crise arrive, l’achat de logements se trouve limité, des tensions apparaissent sur le crédit… Certaines banques ont vu venir la fin du cycle ; d’autres, au contraire, ont continué d'encourager l’achat immobilier et de distribuer ces prêts risqués. La crise immobilière était prévisible, pour ne pas dire inévitable. Et pourtant, nombre de banques y ont perdu gros. Leurs clients, davantage encore. Le monde semble frappé de myopie, incapable qu’il est, bien souvent, de voir la réalité en face, de se rendre compte de l’évolution manifeste des choses. Est-ce par paresse intellectuelle ? Est-ce par refus volontaire ? Ce qui est certain est que nous en payons les conséquences au prix fort.
Et lorsqu’il n’est pas myope, il s’arqueboute sur ses vieilles lunes. Alors au moins, il se rassure. La France serait depuis De Gaulle et le retrait de l’OTAN, en froid avec l’Amérique, pour ne pas dire tout simplement adepte de « l’anti-américanisme primaire », pour reprendre une expression chère au regretté Jean-François Revel. Et qui a-t-elle placé au sommet de l’Etat ? Le plus américanophile de tous les candidats. A-t-elle bougé lorsque Nicolas Sarkozy a appliqué ses promesses de rapprochement stratégique avec « l’empire américain » ? Pas d’un pouce. Preuve que 40 ans d’esprit anti-atlantiste vont s'effacer disparaître sans réaction significative.
De même, à propos de la jeunesse et de l’entreprise. La majorité des jeunes Français n’auraient qu’une ambition, être fonctionnaire selon un sondage.... vieux de dix ans ! Depuis, et nous pouvons en témoigner au regard de l’expérience que nous vivons chaque jour à Entreprise et Progrès, les choses ont changé.
Il faut être attentif aux situations réelles. Tout entrepreneur se dote de tableaux de bord qui lui indiquent les variantes importantes : commandes, effectifs, marges… Les médias, l’enseignement, la justice, pour ne citer qu’eux, semblent fonctionner avec des cadrans très approximatifs insensibles à la succession de petits changements qui font les grands bouleversements.
Quelques exemples parmi d’autres. La Chambre sociale de la Cour de cassation demeure toujours inspirée par une représentation très datée, conflictuelle et manichéenne, des rapports sociaux. Quant aux enseignants, ceux qui n’ont pas eu la chance de s’aérer l’esprit hors de leur salle de cours, peinent à percevoir l’évolution du monde, des espérances et des attentes de leurs contemporains. Plus surprenant encore est le conformisme des médias. Alors qu’ils devraient, par nature, évoquer et porter les nouveautés, ils ont tendance, dans la situation économique médiocre des grands groupes de presse, à livrer sagement à un public prévisible ce qu’il attend. Le conformisme des médias, leur peu d’ardeur au débat prospectif à la confrontation des idées sur l'avenir est navrant. Ils préfèrent débattre des évènements du passé ou commémorer les gloires anciennes, à l’image de l'excellente émission « Des racines et des ailes », plutôt que d’évoquer les changements de tendance et mettre en lumière les germes d’évolution.
Aujourd’hui, il me semble bien qu’une majorité de professeurs, loin d’être hostiles à l’esprit d’entreprise, souhaiteraient volontiers suivre des stages en entreprise… si les entreprises prêtes à les leur proposer étaient plus nombreuses ! De même, les syndicalistes ouverts au compromis, et ce, même à la CGT, sont beaucoup plus nombreux qu’on veut bien le dire. Certainement dans le secteur privé plus nombreux que ceux enclins au conflit.
Les choses bougent bien que les réformes promises et présentées comme telles par le Gouvernement n’en soient pas toujours. On fait sauter un élément de blocage mais l’on se refuse à pousser la réforme au bout. L’avantage pour le Gouvernement est d’éviter la coalition des mécontentements. L’inconvénient est que les évolutions ainsi créées ne sont pas forcément visibles. Mais elles sont pourtant là ! Et tous ces spectateurs casaniers se plaignent de l'action "trop dispersée" , "pas assez stratégique" du nouveau Gouvernement. Beaucoup d’acteurs institutionnels ont tendance à répéter des analyses vieilles de deux ans qui sont désormais dépassées. À se complaire dans un pessimisme facile.
Mais attention, si les caciques, juges, profs et pontes des médias ne s’adaptent pas plus vite, ils risquent de demeurer au bord de la route…
