Course à l’Elysée oblige, il ne pouvait sans doute pas en être autrement. Mais de contempler les candidats se presser les uns après les autres au chevet d’Airbus, une entreprise si spécifique, pour apporter des réponses toutes faites sans exposer le problème même sommairement, osons le dire simplement, c’est bien irritant.
Il aura fallu attendre la déclaration de Louis Gallois pour commencer à comprendre ce qui avait évolué depuis son arrivée dans la situation de l’avionneur. Aucune donnée fondamentale de l’entreprise, n’a radicalement changé depuis l’époque, pas si lointaine, où médias et politiques se targuaient de la réussite du groupe européen. Souvenons-nous, l’A380 s’envolant avec une pesanteur résolue du tarmac du Bourget… Quel succès !
A contrario, tout va-t-il si mal ?
À court terme sans doute pas. Les carnets de commandes sont bien remplis. Plusieurs compagnies viennent encore récemment de commander quelques dizaines d’A 320.
Mais, à moyen terme, des difficultés considérables pointent à l’horizon. Les incertitudes s’accumulent au chapitre des produits d’avenir alors que Boeing marque des points et prend de l’avance sur le segment long-courrier avec son 787.
Ne répète-t-on pas l’erreur majeure du développement du Concorde lorsque la Caravelle rencontrait encore un succès important en Europe ? Le supersonique plutôt qu’un concurrent sérieux aux gros-porteurs américains, plutôt qu’anticiper sur la génération des longs courriers à couloir unique sur le modèle du Boeing 767 pourtant si peu séduisant à l’expérience… L’histoire du Concorde est désormais connue.
Deux inquiétudes ont porté le débat politique. Peut-on éviter de fermer ou céder des usines aujourd’hui partie intégrante de EADS ? Faut-il augmenter le capital ?
Ne s’agit-il pas de vraies questions industrielles transformées en faux problèmes politiques ? Sortir les filiales du périmètre d’Airbus peut aussi potentiellement leur apporter des nouvelles chances de développement grâce à leur indépendance. L’évolution des industries de l’assemblage, tant mécanique qu’électronique, le démontre abondamment depuis dix ans. Et le duopole Airbus Boeing n’est pas éternel. L’avenir du personnel des filiales devenues indépendantes n’est pas nécessairement plus mauvais, bien au contraire.
Quant au financement, Louis Gallois aurait sans doute pu communiquer plus tôt sur la saine trésorerie de l’entreprise qui ne nécessitait pas d’argent frais et ainsi couper court à des propositions politiques non sollicitées mais il n’a sans doute pas voulu interférer avec ses actionnaires à ce stade.
Curieusement, ce sont ces deux questions secondaires qui ont focalisé l’attention des candidats à la présidentielle éclipsant par la même la responsabilité passée du monde politique en matière de management et de composition de l’actionnariat.
Mais, au registre des reproches, les actionnaires privés ne sauraient être exonérés de toute faute. Ils ont sans doute abusé de leur influence auprès des gouvernements afin d’obtenir des pouvoirs excessifs par rapport à leur participation au capital. Situation aggravée par leurs évolutions stratégiques respectives qui conduisent tant Daimler que Lagardère à s’éloigner de l’entreprise ou à cultiver l’incertitude. A « effeuiller la marguerite » comme dit l’ambassadeur d’Allemagne à Paris.
Situation insoluble ? Certainement pas, mais Airbus devra au préalable, « revenir aux fondamentaux » et devenir une entreprise cohérente, efficace, avec un management unifié , PDG à la française ou directoire à l’allemande mais seulement au sommet, pas à d’autres niveaux. Une entreprise où les nominations sont décidées en fonction de la compétence des intéressés et non de leur nationalité. Une entreprise où les décisions sont prises au regard des intérêts de l’entreprise elle-même et non des intérêts respectifs des Etats actionnaires qui ne gagneront pas grand-chose si Airbus ne maintient pas ses parts de marché et ses marges.
C’est dans l’application de ces principes bien connus mais mal respectés que se trouve très probablement une partie de la solution aux difficultés actuelles.
Airbus est au fond un nouvel exemple de l’incapacité des politiques à envisager comme le dit notre devise, l’entreprise au cœur de la Cité.
Aujourd’hui elle est l’enjeu passager d’une compétition électorale. Demain une source de revenus qu’on constate sans chercher à l’accroître ou à la pérenniser : elle va de soi.
Mais rassurons-nous, la situation devrait bien sûr s’arranger une fois le verdict des urnes établi et un nouveau (une nouvelle) dirigeant (e) à l’Elysée….
