Le modèle anglais sans préjugés
« Nous étions au bord du précipice, nous avons fait un grand pas en avant ». Nous ne pouvons qu’être déçus, nous entrepreneurs, de ce début de campagne électorale bien peu satisfaisant du point de vue économique. Les promesses s’ajoutent les unes aux autres. L’addition ne fait que croître… Et rien pour la croissance. Il y a bien des exceptions, restons honnêtes. La possibilité de déduire de l’ISF, 50 000 € afin de les investir dans des PME. Bravo, nous étions pour. Mis à part cela ? Les bonnes surprises se font rares. Demeure toujours cette logique de répartition des produits de l’expansion sans que celle-ci ne soit soutenue. Et pourtant, de droite comme de gauche, les candidats ne se lassent pas de montrer en exemple l’Angleterre de Tony Blair.
Si consensus il y a, comment expliquer l’écart qui sépare toujours nos deux économies : Sept millions d’emplois supplémentaires au royaume de sa Gracieuse Majesté. Un fossé aussi large que la Manche ! Un récent voyage d’étude auprès du Cercle d’Outre-Manche, qui rassemble des entreprises françaises installées à Londres, nous l’a confirmé.
Un exemple parmi tant d’autres : l’appréhension du licenciement. Non pas le licenciement individuel ; contrairement aux idées reçues, les DRH de la perfide Albion ne sont pas moins soumis au critère de la cause « réelle et sérieuse » que les nôtres afin de se séparer d’un de leurs collaborateurs. Il est à ce propos opportun de s’interroger sur le cas du CNE. Un licenciement sans explication, ne va-t-on pas trop loin ? La question mérite d’être posée. Dans tous les cas, le passé récent a démontré que le licenciement pour faute était en France un terrain politiquement glissant. « Les Français s’estiment juges de leur performance » remarque Philippe d’Iribarne.
Mieux vaut donc travailler sur le licenciement économique. À Londres comme à New York ou Sydney, pas d’appréciation juridique du motif économique. En France, le droit social fait peser sur l’entreprise le jugement d’une corporation peu familière du monde de l’économie. Sur quelle compétence le juge peut-il asseoir son appréciation ? C’est là une spécificité française bien étrange. Ce n’est point l’objet d’un débat très profond que d’établir l’utilité ou non d’un licenciement économique. Demande-t-on au Medef son avis sur les derniers arrêts du Conseil d’Etat ?
Apporter à l’entrepreneur une plus grande souplesse dans la gestion de ses effectifs, oui. Mais avec en parallèle un système de retour à l’emploi performant. C’est le cas au Royaume-Uni. Là encore, les a priori doivent être définitivement écartés. Des moyens humains et financiers importants, une rapidité dans le traitement des dossiers, la possibilité pour le conseiller-emploi d’ajuster les indemnités en fonction des efforts consentis par le chômeur : voilà la recette britannique. Sans exiger bien sûr l’indexation de l’indemnité chômage au succès de la recherche, ne serait-il pas souhaitable de contrôler la motivation du demandeur d’emploi ? L’ANPE est-elle prête à opérer cette révolution culturelle ? Il est permis d’en douter.
Quant au préjugé si bien ancré dans l’Hexagone qui voudrait que le monde anglo-saxon soit celui de la précarité voir de la misère sociale, les chiffres le relativisent aisément. Le nombre des arrêts de travail pour incapacité est, de peu, supérieur à celui constaté en France (XX contre XX). Quant à l’accroissement des inégalités, la France et son modèle social n’a pas grand-chose à envier à la Grande-Bretagne. Les 10% des Anglais les plus aisés sont 8% plus riches qu’en France. Écart, certes, mais peu significatif.
Au-delà de ces calculs savants, une certitude demeure. Sans l’économie anglaise, "libérale, inégalitaire, précarisante", 400 000 français de Londres seraient au chômage. Alors Messieurs les Anglais: Merci !
