De l’art de la méthode pour aboutir à ses fins
La commission que nous appelions de nos vœux est enfin créée sous l’égide de Jacques Attali, personnalité ô combien brillante et imaginative. C’est un point réjouissant même s'il nous avait semblé qu’un économiste de grand magistère ou un grand patron au bilan incontestable auraient apporté à l'action du gouvernement une vision, une mêthode en un mot une structuration pas exclusivement politique.
Sera-ce quand même le cas avec l’actuelle « Commission pour la libération de la croissance française » (CLCF)?
La coalition des compétences réunies au sein de cette commission est large et ouverte et peu politicienne. Aux talents économiques s’ajoutera la contribution de psychologues, d’historiens et même d’un académicien en la personne d’Erik Orsenna.
Et puis, la commission sera forcée de rester "dans le concret". Alimentée par les excellents rapports Camdessus, Virville, Pébereau, elle devra chercher à répondre à la question : "pourquoi tant de sages propositions n'ont-elles pas été appliquées ?".Pour faire bonne mesure, elle doit aussi traiter des problèmes d’actualité (ouverture des commerces le dimanche) ou des questions brûlantes (assiette des cotisations sociales) et leur apporter des réponses concrètes et efficaces.
Faisons lui donc crédit pour corriger l'incapacité de notre pays a executer des stratégies de progrès bien identifiées et séduisantes
D'un autre coté, l’action du gouvernement paraît, elle, toujours aussi innovante et donc surprenante.
Nous assistons à une inflation de propositions de changement. A celles, déjà nombreuses exposées lors de la campagne et mises en application pendant l'été, s’en ajoutent d’autres, qui ne manquent pas nécessairement d’intérêt. Ainsi de la volonté exprimée par le Président de réduire les risques pénaux que courent les chefs d'entreprises ou des coups de boutoir qui mettent en émoi les administrations parisiennes, « Nous allons diviser par deux le nombre de directeur d’administrations centrales ».
Parfois ces propositions prennent l'allure de réflexes pavloviens qui tentent de répondre à chaque problème affectant l’émotivité des Français par des propositions politiques… L’affaire du petit Enis, victime d’un pédophile sortant tout juste de prison, et les propositions du président de la République visant à la castration des criminels sexuels, quelques mois après la mise en place de la loi Dati sur la récidive, en fut un exemple frappant. C'est bien à une « guérilla du changement » que nous assistons .
Les derniéres présentations du 18 et du 19 septembre sur la politique sociale et la fonction publique le confirment a leur maniere, mélanges de principes, d'objectifs et de fragments de plan d'action plus ou moins alternatifs.
Bien sûr les entrepreneurs auraient préféré un peu plus de visibilité, un effort de longue durée pour appliquer une politique gouvernementale cohérente et persévérante avec des priorités lisibles.
Car nous savons que les résultats mettent du temps à arriver, même après les bonnes décisions, et que l'approche "command and control" et le micromanagement, drogues dures de la haute fonction publique et des gouvernements français, n'apportent que rarement des résultats durables.
Mais le monde de la politique et du gouvernement a peu à voir avec celui de l'entreprise.
Et dans cet univers il nous faut bien avouer que les compétences aujourd'hui sont à l'Elysée. Et que les gouvernements, ces derniers 20 ans, nous ont rarement convaincus autant que celui-ci de leur aptitude et de leur volonté d'apporter les changements dont notre pays a besoin. Alors faisons confiance à "l'artiste".
