Qui connaît encore l’injonction de Charles Maurras contredisant la vision marxiste où tout procède des rapports économiques et sociaux ? Elle est vieille de plus d’un siècle mais reste diablement vivante dans la France du début du 21e qui vient se donner Nicolas Sarkozy comme président de la République.
Pérennité pas si étonnante sans doute puisque Charles de Gaulle a façonné la Constitution de sa 5e République sans renier qu’une part de son inspiration venait de l’Action Française et de son idéologue. Et puis aussi que Jacques Chirac ou François Mitterrand auraient pu, tout comme lui, déclarer « L’intendance suivra » ou « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille ».
Personne ne pense en revanche un seul instant que notre nouveau président dirait la même chose. Lui à qui on reproche de connaître beaucoup trop de grands patrons, lui qui a même pratiqué comme avocat « d’affaires ».
Mais pour autant comment ne pas sentir depuis le 16 mai que la politique plus que tout autre principe, commande l’action du gouvernement. Ainsi, dans le premier grand discours de politique générale au Havre, ceux qui ont pu émettre des réticences sur telle ou telle mesure économique ont reçu une vive rebuffade puis se sont entendus vilipender comme porteurs de la « pensée unique », injure autrefois suprême contre les politiques économiques orthodoxes.
Des entrepreneurs peuvent-ils s’en satisfaire ?
Bien sûr nous nous réjouissons que la réforme de l’Etat engagée avec vigueur et précision avec la nouvelle structure gouvernementale s’impose comme la priorité immédiate du nouveau gouvernement. Les talents exceptionnels démontrés dans le passé par le ministre Sarkozy pour apporter sa marque - politique précisément - et infléchir ou même inverser des orientations portées par la vitesse acquise des administrations nous font croire au succès de cette entreprise jusqu’ici inespérée, inespérable. Et nous comprenons que toute déviation par rapport au plan initial risque de compromettre cette issue rêvée.
Alors que le président accède au statut rare d’homme providentiel par son extraordinaire succès électoral, comment aussi ne pas accepter qu’il souhaite continuer de faire croire au peuple français - intoxiqué de l’idée que tout problème a d’abord une solution politique – que lui trouvera ces solutions ? Comment ne pas comprendre qu’il veille à conserver le plus longtemps possible le capital de confiance considérable qu’il a amassé ?
Mais nous savons aussi que le succès ultime du gouvernement ne se jugera pas dans les sondages mais dans les résultats économiques des mesures engagées. Or beaucoup des mesures annoncées pendant la campagne électorale ont été d’ inspiration politique voire même éthique (« travailler plus ») et ne résultent pas d’une analyse économique qui recueillerait sinon l’accord unanime au moins l’approbation d’un grand nombre d’économistes. Pour prendre volontairement un exemple qui fâche, (alors que au contraire d’autres mesures nous paraissent remarquables) cela ne semble pas être le cas de la détaxation des heures supplémentaires.
Alors peut-on dans ces heures euphoriques déposer une supplique ou plutôt deux.
Tout comme de Gaulle en 1958 est aller chercher Jacques Rueff et Louis Armand pour orienter la politique économique de son nouveau gouvernement, Nicolas Sarkozy qui a déjà attiré les meilleurs talents ne pourrait-il pas s’appuyer sur un nouveau couple. Lançons nous : pourquoi pas Olivier Blanchard et Bertrand Collomb !
Aussi pourrait-il regarder un peu de l’autre coté de l’Atlantique vers ces chers Etats-Unis où la politique doit s’articuler avec l’économie, le droit naturel, les croyances et religions , la nature tout court, les cultures . Et où elle n’est pas l’alpha et l’omega. Grand changement, difficile désintoxication pour beaucoup de nos concitoyens Mais au fond comme les signataires de la Déclaration d’Indépendance et les Américains d’aujourd’hui, les Français ne placent-ils pas plus haut que tout la recherche du bonheur ?
