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OPTIMISME Ou METHODE COUET? - Juin 2009 -

        L'édito d'Hervé Gourio - Délégué Général -

Optimisme ou méthode couet ?

                  

 

 

            Nous avions, il y a quelques mois, fait le point des réalités économiques qui nous autorisaient à ne pas céder au catastrophisme (cf. édito du mois de Février).

 

Le concours de discours encourageants voire optimistes auquel nous assistons ces dernières semaines laisse dans l’ombre de nombreux points qui devraient jeter le doute sur la tournure prochaine de la crise. Certes la Bourse remonte. Mais de là à annoncer une sortie de crise prochaine, on parle de 2010, il y a une marge que nous ne franchirons pas.

Ne perdons donc pas de vue pour autant les éléments d’un scénario défavorable.

 

La situation financière n’a pas été apurée comme il eût fallu

 

            D’une part, les réformes financières n’avancent pas. Des dix causes fondamentales de la crise financière dégagées par Nouriel Roubini* dés mars 2008, bien peu ont été menés à terme.

 

-       « Le système de rémunération des banquiers et des opérateurs financiers » demeure toujours « une source d’alea moral ».

 

-       En ce qui concerne les modèles de titrisations, il ne semble pas que les banques aient mis en place un système de contrôle convenable des emprunteurs.

 

-       « Le transfert de l’intermédiation financière à des institutions financières non bancaires telles que sociétés de bourse, fonds d’investissements spéculatifs, fonds de placement sur le marché monétaire, SIV, entités relais, etc. Ces institutions ont acquis une importance systémique et sont exposées à une dynamique de panique ».

 

-       La tendance de la part des systèmes de réglementation à parier sur l’autorégulation et  la discipline du marché plutôt que sur des règles rigides.

 

-        Les limites de l’accord Bâle II dont les ratios de fonds propres, pro-cycliques, « induisent des expansions de crédits dans les périodes favorables et des restrictions de crédit dans les mauvaises périodes ».

 

-       Les agences de notation sont sujettes à des conflits d’intérêt « puisqu’une large partie de leurs revenus et de leurs profits vient de la notation de produits financiers structurés  complexes  ainsi que des services de consultant et des modèles élaborés pour les émetteurs de ces instruments complexes et exotiques ».

 

-       La valorisation des titres sur le prix du marché pose problème lors de bulles. Alors « lorsque les bulles éclatent et quand, à cause de la non-liquidité du marché, les prix des actifs se retrouvent au-dessous des valeurs fondamentales ». 

 

-       L’opacité des marchés due à de nouveaux instruments financiers exotiques et non liquides, difficiles à valoriser ; le développement d’instruments dérivés de plus en plus complexes ; le fait que nombre de ces instruments se négocient de gré à gré plutôt qu’en bourse »…

 

-       « Les institutions et les systèmes de régulation et de supervision financières appropriés dans un monde d’innovation financière et de mondialisation » n’ont pas encore fait leur apparition. Il faut d’autre part une plus grande coordination entre les différents acteurs de la régulation.

 

-       Une telle réforme de la régulation des marchés financiers ne peut être entreprise efficacement qu’au niveau mondial.

 

Le G20 a récemment donné une direction assez claire en

 

confiant au nouveau Conseil de Stabilité Financière logé auprès de la BRI a Bale la rédaction de ces nouvelles règles. Mais cet organisme travaille dans la clandestinité.

 

 

Et des signes qui ne poussent pas à l’optimisme béat se font jour régulièrement. Ainsi, la semaine dernière lorsque la banque JP Morgan, l’un des survivants certains du monde financier nord-américain, annonce que le portefeuille de crédit sur les cartes de crédits consommateurs détenus par Washington Mutual (qu’ils ont racheté en octobre), devraient être décotés, non de 12%, mais de 26%. Et ce, sur un montant de 26 milliards de dollars. D’où une perte nouvelle de 3,5 Mds de dollars.

 

Autre mauvais présage à l’horizon, la faillite annoncée de certains fonds de Private Equity, mis en difficulté par des banques prêteuses elle-même menacées.

 

Et la crise économique se révèle structurelle

 

         Et d’autre part, la crise économique semble installée durablement. Si l’on se fie à l’analyse de Matthieu Pigasse*, il n’y a pas de moteurs de consommation en vue aux Etats-Unis ni en Europe. Malgré les illusions qui nous bercent, les voyants de la consommation sont tous au rouge sur le Vieux Continent. En France, depuis le début de l’année l’épargne croit rapidement ; l’assurance vie et les dépôts en caisse d’épargne ont le vent en poupe en dépit de la baisse des taux. Pour les ménages, l’heure n’est pas à la dépense.

 

 

Quel est donc le moteur de la relance qui réamorcera la croissance et évitera la déflation toujours possible ? Les mirifiques dépenses budgétaires de l’Etat ? Ce levier là a déjà été fortement actionné a seule fin de  freiner la chute. Sear-t-il capable de faciliter le redémarrage ? On  peut en douter et sans doute, cette politique se révèlera tout aussi artificielle que l’erreur que constitua la politique  américaine de « benign neglect » devant l’apparition des bulles successives au cours des quinze dernières années.

 

Notre salut, pour achever notre propos sur une note optimiste, viendra peut-être des besoins d’équipements des pays des BRICS prévus pour 2010. Encore faut-il que nous soyons compétitifs.

 

*repris dans Commentaire, Numéro 124/Hiver 2008-2009, page 989

 

*Le monde d'après. Une crise sans précédent

par Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein

Ed. Plon, 2009, 231 p., 19,90 euros.

 

 

 

 

 

 

           

           

 



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