Points de vue sur la crise
À l’issue de notre dernière rencontre de conjoncture, nous est apparue la nécessité de constituer un groupe de travail à chaud afin d’apporter à nos députés et sénateurs des propositions rapides et pragmatiques en vue d’aider les PME particulièrement menacées par la crise, et qui le seront plus encore à l’avenir. Robert Cohen, co-président de Cohen Brothers Financial Services, en a pris la présidence.
Comme c’est l’habitude à l’occasion de tels travaux, beaucoup de propositions ont été faites par les membres qui ont participé aux réunions. Nous avons retenu les plus originales, et par là même, les plus négligées.
L’Etat débiteur doit montrer l’exemple
La première piste de réflexion concerne les dettes des collectivités publiques auprès des PME. Car si nombre d’entreprises doivent de l’argent à l’Etat, qui ne se prive pas de le leur rappeler sanctions à l’appui, l’Etat et les collectivités locales sont également débiteurs à l’égard des entreprises. Et la trésorerie publique ne vit pas dans le même « espace temps » ni avec les mêmes contraintes que les entreprises. Qu’il s’agisse d’accélérer le remboursement de la TVA trop perçue, de réduire le délai de remboursement de l’IS provenant du solde du carry back ou de fluidifier les relations conflictuelles en supprimant les avoirs intermédiaires produits couramment par les collectivités locales pour des différences de prix minimes, il est important que les collectivités publiques remboursent leurs dettes plus rapidement que ce n’est le cas aujourd’hui. Les retards de l’administration fragilisent en effet les finances des PME.
Monsieur René Ricol a été nommé Médiateur national du crédit. Autrement dit chien de garde auprès des banques afin de vérifier que ces dernières ne durcissent leurs conditions de crédit de façon abusive. La pression du gouvernement sur les banquiers est très forte. Ne pourrait-il pas garder également un œil sur les trésoriers payeurs généraux afin d’accélérer le paiement des dettes publiques à l’égard des entrepreneurs ?
Relégitimons la TVA sociale
Les rapports successifs rendus publics depuis dix ans ont mis en évidence le déficit de compétitivité de nos PME sur le marché mondial. Les résultats de nos entreprises sont inférieurs de moitié à ceux de nos concurrents allemands. C’est un handicap lourd, particulièrement en période de crise où le darwinisme à l’état pur fait la loi sur le marché mondial. Les faibles disparaissent et les forts se renforcent. Manque de chance, pour la plupart, les PME françaises apparaissent fragiles face à la concurrence qu’elle soit américaine, asiatique ou intra-européenne. Personne ne sait combien de temps durera la crise. Une chose nous apparaît certaine, elle sera la plus sévère que l’économie mondiale ait connue depuis 1945. Fragilité de nos PME oblige, en France, les victimes risquent d’être plus nombreuses qu’ailleurs.
Il existe pourtant un remède à notre déficit de compétitivité. Personne n’ose plus évoquer son nom depuis les dernières législatives post présidentielles à l’issue desquelles l’UMP chercha un bouc émissaire facile à sa moindre victoire électorale. En dépit de l’opprobre jeté sur elle par les politiques, nous pensons à Entreprise et Progrès que l’heure est venue de promouvoir la TVA sociale. Les économistes reconnaissent que l’économie française souffre d’une fiscalité sur les salaires supérieure à ses voisins avec un excédent de charges de 15 à 20 % des salaires perçus. Le rapport publié par Eric Besson il y a six mois faisait le point avec simplicité sur cette question. Le terme de TVA sociale est voué aux gémonies. Qu’a cela ne tienne, baptisons-la « Cotisation nationale santé-famille », précisons qu’elle est bien distincte de la TVA et rappelons à nos concitoyens que leurs dépenses de santé malheureusement appelées à croître irrémédiablement ne sont et pourront être couvertes intégralement par les charges salariales. En effet trop de nos concitoyens pensent que la seule variable de financement serait alors basée sur la consommation alors que le coût de l’assurance maladie est aujourd’hui couvert aussi par la CSG et par des taxes spécifiques (tabac, alcool, etc)
Le recul de l’inflation qui commence, abruptement, pourrait être de bon augure : profitons-en pour transférer une partie des charges patronales, sociales et santé-famille sur des consommateurs et des producteurs qui ne sont pas tous français, loin s’en faut. Les touristes étrangers et les produits importés ne pourraient-ils pas ainsi contribuer à l’effort commun ?
En outre faisons de l’affectation de cette réduction des charges un thème de dialogue social au sein des entreprises. Quelle part doit aller aux clients, combien aux salariés, combien l’entreprise oit –elle garder ? ,
Cette Contribution Sociale sur le Chiffre d’Affaires est une idée ardemment soutenue par nos amis du Centre des Jeunes Entrepreneurs (CJD) et par de nombreux parlementaires. Il y a là une opportunité à ne pas laisser passer. La fenêtre est ouverte, profitons-en.
La solution ultime viendra de la finance
Reste le problème financier. La plupart des patrimoines financiers privés sont désormais majoritairement liquides. Et ce, dans le monde entier. Ils n’attendent qu’un signal de stabilité pour s’investir en profitant d’une valorisation exceptionnellement basse des actifs financiers. Et chaque jour qui passe, les bourses envoient un message contraire faisant preuve d’une volatilité quotidienne…
Faut-il patienter dans l’espoir que ces variations hystériques s’apaisent enfin ou convient-il d’investir dans des entreprises aux côtés d’un financier stratégique comme l’Etat, les collectivités locales ou un fond souverain ? Nos adhérents sont partagés. Cette hésitation est-elle le signe que la présence d’un investisseur institutionnel aux coté d’un privé n’est plus inenvisageable ? La crise fait bouger les clivages. Et si notre sentiment est qu’un retournement profond des marchés est possible puisque les banques occidentales ont été garanties contre la faillite et disposent donc d’assez de temps devant elles pour effacer leurs actifs toxiques, pour l’heure, c’est l’incertitude qui prédomine. Ce retournement est possible, mais il n’est pas encore « visible ». Appelons de nos vœux un horizon moins chargé.
