L'édito d'Hervé Gourio -Délégué Général-
Pour en finir avec…
On nous annonce la baisse du chômage en juin. Et chose extraordinaire, on nous l’annonce sans que personne n’ose y croire et puisse l’expliquer. Alors, permettez-moi de pousser quelques coups de gueule en ce mois d’août. Non pour faire preuve d’un pessimisme qui n’est pas de saison en plein cœur des vacances estivales. Mais bien plus pour lancer quelques pistes de changement à la rentrée pour en finir avec...
… avec ce manque d’horizon qui se limite chez beaucoup à la pointe de leurs chaussures. Une critique qui concerne, osons le dire, aussi bien les politiques que les entrepreneurs. Mais ces derniers, en période de crise, ont l’excuse de n’avoir aucune visibilité au delà du court terme. Le monde politique, quant à lui, a fait depuis longtemps des sondages l’alpha et l’oméga de sa gestion des affaires communes, avançant à tâtons, avec plus ou moins de talent, en attendant la réaction de l’opinion. Toujours dans le registre « la reprise est pour demain », des économistes nous annoncent la remontée des bourses. Soit, mais c’est faire peu de cas des bombes à retardement annoncées pour la rentrée : La rémunération à 4.5%de l’argent placé à 1.5%, l’échec des LBO, La faillite de nombreux fonds de pension, les cautionnements accordés aux clients et surtout l’augmentation des titulaires de cartes de crédit défaillants. Là encore, l’horizon de beaucoup semble limité aux trente prochains jours!
… avec ces « experts » qui nous assènent de pourcentages et omettent de nous parler en valeur absolue. Qu’est-ce qu’un pourcentage, si ce n’est un certain nombre de personnes humaines, une somme d’argent précise ou bien une quantité bien réelle de voitures ? Un pourcentage qui n’est pas rattaché à une valeur absolue n’a aucun sens. Et donc aucune valeur économique. Bel exemple : les rebonds présentés comme faramineux des « penny stocks ».
Pour en finir, aussi, avec ces débats idéologiques, si français, qui autorisent certains à camper dans des discours rhétoriques et sans fin, sans risquer la moindre action. Posture bien confortable ! Osons réaffirmer ces quelques truismes : les faits ont la vie dure, le monde change et… l’homme peut changer les choses. Ce volontarisme qui fleure bon le sarkozisme de l’été 2007 ou plus récemment le « Yes, we can » du candidat Barak Obama, ne doit pas être abandonné sur l’autel de la crise. Au contraire, elle nous donne le gout, sans cynisme aucun, mais avec pragmatisme, d’agir, libérés des contraintes idéologiques.
Pour en finir également avec « la mise en boîte » des personnes. Confessons le, nous avons nous aussi souscrit à l’idée qu’en spécialisant les salariés, qu’en maximisant autant que peut ce faire leur compétitivité et leur temps de travail, qu’en écartant tout facteur de distraction, nous arriverions à augmenter considérablement la performance de l’entreprise. Ce raisonnement a pu se révéler fructueux, il y a vingt ans. Mais son application obsessionnelle a atteint ses limites. Ces spécialistes sont en effet jugés sur des critères de plus en plus restrictifs : leur spécialité et le temps qu’ils mettent à l’accomplir. Ce facteur temps est aujourd’hui le critère premier de la performance. Ajoutez-y la pression sur les enjeux est vous obtenez des conditions de vie que beaucoup, et à juste titre, ne supportent plus. Si Charlot troquait son bleu de travail pour le col blanc des ingénieurs techniciens d’aujourd’hui il est fort probable qu’il ne puit supporter ces nouveaux « temps modernes » qu’à grands coups d’antidépresseur !

Si le coût du sous-travail est énorme, celui du sur-travail ne l’est pas moins car nous savons tous qu’une personne a besoin de temps mort, que la « ressource humaine » n’est jamais exploitable à 100%. Et que permettre ces temps morts, ce n’est pas gâcher de la productivité mais mieux gérer la pression pour atteindre les objectifs fixés. Sur le plan économique, cette prise en compte du bien être de la personne au travail est parfaitement justifiée.
Mais je m’arrête là, car en matière de choses qui m’agaçent la liste est bien trop longue, et je ne prendrai pas le risque d’assombrir vos vacances en l’exposant abusivement à votre jugement.
