L'homme au coeur de la vie de l'entreprise,
                                l'entreprise au coeur de la cité
Vous êtes ici : L'essentiel > Tribune
POUR UN MANAGEMENT DU DESIR -Décembre 2009-

        L'édito d'Hervé Gourio -Délégué général-

« Stress : le mal du siècle » pouvait titrer Challenges dans son numéro du 19 au 25 novembre. C’est le sujet d’inquiétude dont on parle. Et ce stress n’est pas sans fondements. Il est incontestable que l’entreprise est devenue plus oppressante ces dernières années: la pression sur les exécutants s’est accrue fortement depuis 15 ou 20 ans.

 

Pression directe des clients dans toutes les activités de services du fait d’une globalisation qui a considérablement accentué la concurrence, la rendant générale et plus violente. Mais également dans l’industrie, qui, en dépit des déclarations d’intention et du volontarisme de nos politiques, est vouée à décliner au sein des économies occidentales. Ce déclin annoncé n’est pas source de sérénité, salariés comme chefs d’entreprise en ont conscience. L’industrie n’est déjà plus que le quart de l’emploi total en France et l’on ne peut pas se voiler les yeux sur le fait qu’aujourd’hui un ouvrier asiatique exécutant des taches pas trop complexes coûte 10% du coût d’un ouvrier européen. L’écart se réduira certainement au cours du XXIe siècle, mais il y a de la marge…Et entre-temps les industries des pays émergents auront acquis des positions dominantes sur beaucoup de marchés.

 

Mais également pression bureaucratique résultant de la volonté de mesurer finement la productivité dans tous les types de tâches. Là où ce contrôle était réservé à certaines chaînes de production de l’industrie, il est désormais très généralisé. Les grilles d’évaluation sont de plus en plus précises comme si la performance et l'efficacité d’un salarié pouvait se résumer à des chiffres dans des cases ! Le court-termisme induit par la financiarisation de l’économie avec des rendements définis par construction comme très difficiles à atteindre ont généré un malaise profond.

 

Mais la « Finance » sur laquelle média et politiques jettent l’opprobre n’est pas seule coupable. C’est en effet sans compter l’action publique ! Les 35 heures qui ont porté la productivité horaire à des niveaux records portent leur part de responsabilité. Nous pouvons nous féliciter de la productivité exceptionnelle du salarié français, mais il faut pourtant reconnaître les effets pervers des lois Aubry sur le bien-être au travail. Plus de vacances signifie moins de temps de travail, donc plus de stress au sein des entreprises.

 

Plus pernicieux encore sont les effets cachés du droit du travail qui rend le licenciement collectif difficile à mettre en œuvre. Ce sujet est rarement souligné. Et pourtant, le manager, se trouvant dans l’impossibilité d’user du licenciement collectif, le contourne en incitant le salarié « non désiré » ou « désormais plus désiré » à quitter de lui-même l’entreprise. Autrement dit, et pour parler franchement, il lui mène la vie impossible, jusqu’à ce qu’il cède ! Et cette pratique détestable est parfois la face cachée des plans de départ volontaires. Cette pression constante, ressentie par beaucoup de salariés, conduit à des situations explosives et corrompt l’ambiance au travail.

 

La confiance a déserté de nombreux lieux de travail. Il faut rétablir une relation correcte, car c’est la clef de la réussite économique et l'ingrédient essentiel de la relance. Il a beaucoup été question durant la campagne présidentielle de 2007 de rétablir « la valeur travail ». Ce fut une louable intention, mais en proposant de « travailler plus, pour gagner plus », nous avons fait fausse route. Il s’agit en effet bien plus de « travailler, mieux, pour gagner plus ». Car ne confondons pas bulletin de salaire et travail !

 

C’est pourquoi il nous semble excessivement important de changer la logique de management de bien des entreprises : substituer à la pression sur les salariés le management de leurs aspirations, et pourquoi ne pas le dire : de leurs désirs. C’est l’une des caractéristiques de l’entreprise de demain, car les nouvelles générations n’adhèrent plus aux hiérarchies et à l’autorité verticale. L’entreprise qui restera dans ce schéma managérial se trouvera rapidement en décalage complet avec la société.

 

L’entreprise de demain, comme l’affirment et le mettent en pratique plusieurs entrepreneurs membres de notre association, pour être performante, devra laisser vivre la diversité et donner du « jeu » à ses engrenages trop serrés pour libérer des énergies aujourd'hui sévèrement comprimées. Un tel modèle d’entreprise contribuera à modifier le rôle des managers qui devront alors libérer leurs subordonnés plutôt que de les pressurer. De même pour les salariés qui ne seront plus otages de leur entreprise, craignant le licenciement ou la mauvaise notation, mais qui pourront devenir entrepreneurs de leur vie.

 

Il est frappant de voir que plusieurs grands groupes français au lieu de promouvoir le patriotisme d'entreprise exclusif ont décidé au contraire d'abaisser les barrières à la sortie, de faciliter le turn over de leurs salariés, cadres moyens ou exécutants. Ainsi au moins ceux qui restent ne se sentent pas obligés de travailler dans la même entreprise pour des mauvaises raisons. Et bien plus que sur un cours de bourse incertain, c’est sur cette satisfaction des salariés – sans oublier celle des clients - que devrait être jugée la qualité d’une entreprise. C’est sur cette capacité à apporter – osons le mot - du bonheur, que l’entreprise de demain fondera sa réussite.



commentaires

nouveau commentaire







Espace Membre
Identifiant

Mot de passe
rh
 mot de passe perdu ?

Dernière tribune

 LA REPRISE EST POSSIBLE... si on oublie le monde financier - Juillet 2010 -

Archives

 HABILITE OU ERREUR FONDAMENTALE? Le problème du choix des priorités- Juin 2010 -
 L'URGENCE N°1 POUR LA FRANCE - Mai 2010 -
 A PROPOS D'UN EFFET PERVERS OUBLIE - Avril 2010 -
 SAUVER LA GRECE -Mars 2010-
 S’ATTAQUER A L'EXCEPTION FRANCAISE - Février 2010 -
 POUR UNE EXPLORATION DE « LA VALEUR POUR L’ACTIONNAIRE » -Janvier 2010-
 POUR UN MANAGEMENT DU DESIR -Décembre 2009-
 Pour un grand emprunt utile - Novembre 2009 -
 Suicides : L’arbre France Telecom ne doit pas cacher la forêt -Octobre 2009 -
 BONUS DES TRADERS : AGIR SUR LE COUVERCLE OU SUR LA MARMITE ? - Septembre 2009 -
 POUR EN FINIR AVEC... - Aout 2009 -
 Un emprunt français pour développer la seule France, ou bien... - Juillet 2009 -
 OPTIMISME Ou METHODE COUET? - Juin 2009 -
 PSE et TROUBLES SOCIAUX - Mai 2009 -
 L'EMPLOI OU LA "COM." - Avril 2009 -
 RAISON GARDER - Mars 2009 -
 REALISTE OPTIMISME - Février 2009 -
 2009, LE DEFI POUR NOS ELITES - Janvier 2009 -
 POINTS DE VUE SUR LA CRISE - Décembre 2008 -
 Edito Hervé Gourio - Novembre 2008 -
 Edito Hervé Gourio -Octobre 2008-
 Edito Hervé Gourio - Septembre 2008 -
 Edito Hervé Gourio - Juillet / Août 2008 -
 Edito Hervé Gourio-Juin 2008-
 Edito Hervé Gourio -Mai 2008-
 Edito Hervé Gourio -Avril 2008-
 Edito Hervé Gourio -Mars 2008-
 Edito Hervé Gourio - janvier 2008 -
 Edito Hervé Gourio - Décembre 2007 -
 Edito de Hervé Gourio - novembre 2007
 Edito de Hervé Gourio - octobre 2007
 Edito de hervé Gourio - Juin 2007
 Edito de Hervé Gourio - Avril 2007
 Edito de Hervé Gourio - fév. 2007
 Edito de Hervé Gourio - déc. 2006
 Edito Philippe Charrier - mars 2006
 Hommage à François Dalle - janv. 2006
 Edito Hervé Gouri -Février 2008-
Copyright 2006 Entreprise et Progrès
Partenaires | Informations légales | Contact | Presse | Emploi