L'édito d'Hervé Gourio -Délégué général-
PSE et troubles sociaux
Les annonces de fermeture d’usine, de délocalisation, de plans sociaux, s’accumulent jour après jour. Comme une fatale avalanche de mauvaises nouvelles. La crise frappant, peut-il en être autrement ? Sans doute pas, l’ensemble des économies subissent la crise. Mais, il ne vous a certainement pas échappé que les cas les plus médiatisés concernent des filiales étrangères. Les groupes français font beaucoup moins les gros titres. Ceci est certainement dû pour partie au patriotisme des dirigeants nationaux. Mais à l'inverse, les fermetures d'usines "étrangères" ne résultant pas d'une francophobie particulière surtout voyant la taille des implantations en question. Non les groupes étrangers ont souvent le choix entre plusieurs sites et plusieurs pays avant de fermer une usine. Si le sort tombe ici c'est la conséquence de la non compétitivité du "site France".
Le gouvernement allemand s'est attaqué à ce problème, il y a déjà sept ans. La réforme de la sécurité sociale et des allocations chômage, le choix de la TVA sociale, l’allongement de la durée de travail, nos partenaires allemands ont mené des réformes à leur terme et de manière efficace. Les beaux résultats du commerce extérieur outre-Rhin ont illustré plusieurs années de suite le succès de la courageuse politique entamée par le chancelier Schröder. Avec dix points de compétitivité de plus que la France, l’Allemagne est en meilleure forme pour affronter la lame de fond qui s’abat sur l’économie mondiale.
Nous payons- les salariés licenciés payent aujourd’hui - l'inaction des gouvernements successifs.
Les facteurs clés du blocage français sont connus : charges sociales excessives, lourdeurs administratives, marché du travail fermé à ses deux extrémités, « aux jeunes » autant qu’« aux vieux », protection excessive des "insiders".
Parmi les pesanteurs qui plombent l’économie nationale, les freins sévères au licenciement font partis de ces singularités si françaises. S’ils ont eu une certaine efficacité aussi longtemps que la situation économique le permettait, ils sont aujourd’hui largement inopérants en pleine période de crise. Aujourd’hui, tel un barrage qui aurait résisté un temps, avant de céder sous le flux du fleuve, ces freins ne fonctionnent plus. Une entreprise poussée à licencier sous la pression de la situation économique, barrières légales ou pas, pénalités financières ou pas, licencie. Quelque soit le coût de l’opération lorsque se conjuguent la pression de la crise et la faible compétitivité.
Ceci donne une idée de l'importance du handicap économique français.
Inefficaces du point de vu économique, les procédures françaises sont elles - au moins - utiles sur le plan social ? Rien n’est moins sûr à constater l'énergie dépensée à défendre les jobs du passé au lieu de penser à l'avenir des secteurs porteurs. Le fond social proposé par la CFDT qui entend «former plutôt que de licencier» serait certainement une dépense pour l'entreprise beaucoup plus socialement utile que les frais de justice et d'avocats. Ne nous emballons pas, mais cette proposition est une solution à approfondir.
Il n’en demeure pas moins que l’intervention du juge dans les affaires de l’entreprise entretient l’agitation alors même que sa justification est d'introduire la solennité et l'impartialité sensées pacifier les rapports sociaux à un moment où ils sont exacerbés.
Qu'elle tombe du bon coté pour les salariés, ou du mauvais coté, la décision de justice est rarement une aubaine pour l’entreprise.
Si le juge donne raison aux salariés, c’est une charge supplémentaire pour l’entreprise sans pour autant résoudre le problème du reclassement de nombreux salariés. C’est l’exemple de Nestlé à Saint Mamet près de Marseille dont on dit que l'issue a dissuadé la « maison-mère » Nestlé de réaliser certains investissements nouveaux en France.
Si le juge rejette leurs revendications, c’est une déception qui s’ajoute à celle de perdre son emploi. C’est alors le cas de Continental et du saccage de la préfecture de Compiègne par des salariés désespérés.
Le jeu est à somme nulle : perdant-perdant.
Ceci dit, et à la décharge des salariés en colère, la direction d’une entreprise se doit de communiquer, les bonnes nouvelles, tout autant que les mauvaises. Sinon, c’est un coup de massue différé qu'elle inflige aux salariés. Tout dirigeant d’entreprise vit dans le souci du délit d'entrave au fonctionnement du comité d’entreprise. Une épée de Damoclès, à valeur pénale, qui nous a tous inquiété à un moment ou à un autre de notre carrière. Dans certains cas de fermeture, les syndicats seront fondés à invoquer cette faute : quand la fermeture a été étudiée et préparée dans les détails sans procéder aux consultations préalables et obligatoires avec les représentants du personnel. Cette menace aurait dû obliger certains responsables à dire la vérité, à communiquer les mauvaises nouvelles, à préparer leurs salariés. Ils ne l’ont pas fait et risquent aujourd’hui d'être sanctionnés pour l'avoir oublié. Mais cette sanction ne sera que justice.
