Edito Hervé Gourio - Délégué Général d'E&P -
Raison garder
« Les choses n’ont jamais été si mauvaises pour l’entreprise X », « le secteur Y n’a jamais été aussi mal », « l’économie du pays Z est au plus bas depuis un siècle »… Voici rapidement brossé les titres qui habillent les pages des grands quotidiens nationaux. Difficile de faire plus pessimiste. Difficile aussi de faire plus convenu. Il faudrait pourtant, sans aller jusqu’à espérer un peu de pédagogie, être plus précis. Non pas tomber dans un optimisme qui ne sied pas au contexte actuel, mais éviter la titraille lénifiante, les envolées pathos et s’appesantir sur des réalités qui sont rarement explicitées.
Ainsi, par exemple, si les industries pharmaceutique et automobile licencient à tour de bras, la cause n’est pas à chercher du côté de la crise. L’une comme l’autre ont tardé à se réformer. La première embauchant des contrôleurs médicaux alors même que la concurrence des génériques et la politique du gouvernement qui déremboursent de plus en plus de produits phares appelaient à une restructuration en profondeur. La seconde s’est accommodée d’une situation de surcapacité de production et aujourd’hui se retrouve avec des modèles qu’elle n’arrive plus à écouler. Comment en sortir ? Le soutien financier du gouvernement à notre industrie automobile est-il la solution ?
Permettez-moi d’en douter, car lorsque des usines ne sont pas performantes, qu’on le veuille ou non, la fermeture s’impose. C’est la dure loi du darwinisme économique. Et maintenir artificiellement en vie des pans de l’économie sous perfusion d’argent public ne modifie pas la donne. À moins que l’Etat ne souhaite nationaliser l’industrie automobile ? Mais une telle hypothèse est peu probable.
À en croire, tant le discours présidentiel, que les médias populaires, c’est l’Etat qui nous sortira d’affaire. En dehors de l’interventionnisme, nul salut ! Le Président de la République accepte le rôle de bon cœur et multiplie les intentions en ce sens. Soyons modeste et pragmatique, et voyons si ces plans, et tout particulièrement le plan de relance principal, fonctionnent. Jugeons sur pièce. Mais ne nous berçons pas d’illusion, l’Etat ne peut pas tout et l’alchimie d’un plan de relance, sans même prendre en compte le paramètre « instinctif » des consommateurs, est complexe. Combien faut-il injecter ? À quel moment ? Comment les entreprises vont-elles utiliser l’argent engagé ? Rien de plus incertain qu’un plan de relance.
La situation actuelle exige un discours de vérité et non le paternalisme volontariste de l’Etat associé au pathos sensationnel de nombreux médias. D’autant plus que nous n’avons pas encore touché le fond de la vague. Et que les difficultés, hésitations et tâtonnements de l’administration aux Etats-Unis n’ont rien de rassurant.
Et que fait l’Europe ? Elle est étrangement silencieuse, mal à l’aise face à la multiplication des plans nationaux de soutien à l’industrie automobile. Souvenons-nous des fondements de l’Union. Il s’agissait d’éviter une concurrence sauvage entre les industries sidérurgiques de chaque coté du Rhin. A l’origine de la CECA, il y avait la volonté de ne pas voir s’affronter économiquement l’Allemagne et la France. Il n’y a aujourd’hui aucune instance, aucun responsable qui puisse gérer au niveau de l’Union la production automobile.
Les critères coercitifs de Maastricht étant mis entre parenthèses jusqu’à nouvel ordre, il y a un risque de soutien abusif de la part de chacun des Etats membres. Faut-il une évaluation plus claire des plans de relance au niveau européen ? Les effets matriciels intersectoriels d’un pays à l’autre sont connus. Ainsi, la baisse de la TVA britannique ne peut que profiter aux vins français. Il ne s’agit pas de dirigisme à dimension continentale, il s’agit simplement de mesurer la situation de manière consolidée, une sorte de comptabilité nationale au niveau de l’Union Européenne. Outre que cela permettrait d’éviter les lourdes menaces qui apparaissent lorsqu’on emprunte les sentiers du protectionnisme intra-européen, une meilleure coordination aurait, selon un économiste rencontré récemment, un effet cumulé trois fois supérieur à celui des plans tels qu’ils sont pris isolément aujourd’hui.
Le risque est que les entreprises emboîtent le pas, à dessein ou non, à ce discours catastrophiste. Au-delà des cas d’abus commis par certaines sociétés qui trouvent sous couvert de crise l’occasion qui leur manquait jusque-là pour réduire leurs effectifs, une réalité doit être soulevée : Inconsciemment ou pas, sous l’influence du discours ambiant, les entreprises prennent comme hypothèse de travail celle la plus pessimiste. D’où des solutions drastiques, parfois exagérées, qui ne font qu’aggraver la situation. De tels comportements sont contre-productifs et amplifient la crise. En période de dépression telle que nous la subissons, il convient de ne pas en rajouter !
A contrario, Jean-Claude Bailly, le patron de La Poste, confiait qu’il réfléchissait au sein de son entreprise à de nouvelles formules d’actionnariat salarié. Des formules modernes d’intéressement pour traiter la question du pouvoir d’achat à la base en modifiant le partage de la valeur ajouté au sein de l’entreprise et non pas le partage des résultats par tiers comme le Président s’en fait le propagandiste. La démarche nous apparaît positive et bien éloignée des rôles de composition un peu artificiels endossés par telle ou telle Cassandre. Car si la crise est là et ô combien douloureuse pour nombre d’entreprises, il faut dés aujourd’hui envisager l’avenir. C’est ce qu’entreprend Entreprise et Progrès en lançant dans les semaines qui viennent un nouveau chantier sur « L’entreprise de l’après-crise », en s’appuyant sur les fortes raisons d’y croire.
« Les choses n’ont jamais été si mauvaises pour l’entreprise X », « le secteur Y n’a jamais été aussi mal », « l’économie du pays Z est au plus bas depuis un siècle »… Voici rapidement brossé les titres qui habillent les pages des grands quotidiens nationaux. Difficile de faire plus pessimiste. Difficile aussi de faire plus convenu. Il faudrait pourtant, sans aller jusqu’à espérer un peu de pédagogie, être plus précis. Non pas tomber dans un optimisme qui ne sied pas au contexte actuel, mais éviter la titraille lénifiante, les envolées pathos et s’appesantir sur des réalités qui sont rarement explicitées.
Ainsi, par exemple, si les industries pharmaceutique et automobile licencient à tour de bras, la cause n’est pas à chercher du côté de la crise. L’une comme l’autre ont tardé à se réformer. La première embauchant des contrôleurs médicaux alors même que la concurrence des génériques et la politique du gouvernement qui déremboursent de plus en plus de produits phares appelaient à une restructuration en profondeur. La seconde s’est accommodée d’une situation de surcapacité de production et aujourd’hui se retrouve avec des modèles qu’elle n’arrive plus à écouler. Comment en sortir ? Le soutien financier du gouvernement à notre industrie automobile est-il la solution ?
Permettez-moi d’en douter, car lorsque des usines ne sont pas performantes, qu’on le veuille ou non, la fermeture s’impose. C’est la dure loi du darwinisme économique. Et maintenir artificiellement en vie des pans de l’économie sous perfusion d’argent public ne modifie pas la donne. À moins que l’Etat ne souhaite nationaliser l’industrie automobile ? Mais une telle hypothèse est peu probable.
À en croire, tant le discours présidentiel, que les médias populaires, c’est l’Etat qui nous sortira d’affaire. En dehors de l’interventionnisme, nul salut ! Le Président de la République accepte le rôle de bon cœur et multiplie les intentions en ce sens. Soyons modeste et pragmatique, et voyons si ces plans, et tout particulièrement le plan de relance principal, fonctionnent. Jugeons sur pièce. Mais ne nous berçons pas d’illusion, l’Etat ne peut pas tout et l’alchimie d’un plan de relance, sans même prendre en compte le paramètre « instinctif » des consommateurs, est complexe. Combien faut-il injecter ? À quel moment ? Comment les entreprises vont-elles utiliser l’argent engagé ? Rien de plus incertain qu’un plan de relance.
La situation actuelle exige un discours de vérité et non le paternalisme volontariste de l’Etat associé au pathos sensationnel de nombreux médias. D’autant plus que nous n’avons pas encore touché le fond de la vague. Et que les difficultés, hésitations et tâtonnements de l’administration aux Etats-Unis n’ont rien de rassurant.
Et que fait l’Europe ? Elle est étrangement silencieuse, mal à l’aise face à la multiplication des plans nationaux de soutien à l’industrie automobile. Souvenons-nous des fondements de l’Union. Il s’agissait d’éviter une concurrence sauvage entre les industries sidérurgiques de chaque coté du Rhin. A l’origine de la CECA, il y avait la volonté de ne pas voir s’affronter économiquement l’Allemagne et la France. Il n’y a aujourd’hui aucune instance, aucun responsable qui puisse gérer au niveau de l’Union la production automobile.
Les critères coercitifs de Maastricht étant mis entre parenthèses jusqu’à nouvel ordre, il y a un risque de soutien abusif de la part de chacun des Etats membres. Faut-il une évaluation plus claire des plans de relance au niveau européen ? Les effets matriciels intersectoriels d’un pays à l’autre sont connus. Ainsi, la baisse de la TVA britannique ne peut que profiter aux vins français. Il ne s’agit pas de dirigisme à dimension continentale, il s’agit simplement de mesurer la situation de manière consolidée, une sorte de comptabilité nationale au niveau de l’Union Européenne. Outre que cela permettrait d’éviter les lourdes menaces qui apparaissent lorsqu’on emprunte les sentiers du protectionnisme intra-européen, une meilleure coordination aurait, selon un économiste rencontré récemment, un effet cumulé trois fois supérieur à celui des plans tels qu’ils sont pris isolément aujourd’hui.
Le risque est que les entreprises emboîtent le pas, à dessein ou non, à ce discours catastrophiste. Au-delà des cas d’abus commis par certaines sociétés qui trouvent sous couvert de crise l’occasion qui leur manquait jusque-là pour réduire leurs effectifs, une réalité doit être soulevée : Inconsciemment ou pas, sous l’influence du discours ambiant, les entreprises prennent comme hypothèse de travail celle la plus pessimiste. D’où des solutions drastiques, parfois exagérées, qui ne font qu’aggraver la situation. De tels comportements sont contre-productifs et amplifient la crise. En période de dépression telle que nous la subissons, il convient de ne pas en rajouter !
A contrario, Jean-Claude Bailly, le patron de La Poste, confiait qu’il réfléchissait au sein de son entreprise à de nouvelles formules d’actionnariat salarié. Des formules modernes d’intéressement pour traiter la question du pouvoir d’achat à la base en modifiant le partage de la valeur ajouté au sein de l’entreprise et non pas le partage des résultats par tiers comme le Président s’en fait le propagandiste. La démarche nous apparaît positive et bien éloignée des rôles de composition un peu artificiels endossés par telle ou telle Cassandre. Car si la crise est là et ô combien douloureuse pour nombre d’entreprises, il faut dés aujourd’hui envisager l’avenir. C’est ce qu’entreprend Entreprise et Progrès en lançant dans les semaines qui viennent un nouveau chantier sur « L’entreprise de l’après-crise », en s’appuyant sur les fortes raisons d’y croire.
