Edito Hervé Gourio -Délégué Général-
Réaliste optimisme
On a tellement roulé les tambours depuis six mois à propos de la crise et de la gravité de ce qui nous attend que les premières vraiment mauvaises nouvelles poussent à la panique.
Plusieurs raisons nous incitent pourtant à garder une certaine sérénité. Il convient d’abord de noter que la crise frappe moins durement la France, en comparaison de la situation aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et chez d’autres voisins européens comme l’Espagne.
L’impact de la crise financière a été plutôt bien géré par l’exécutif français. Le risque de voir les déposants faire la queue à la porte des établissements bancaires afin d’en retirer leur épargne en un vaste mouvement de panique est désormais derrière nous. Il s’agit désormais de sortir du marasme et d’éviter de s’y enliser, un exercice politique ô combien délicat. D’un côté, l’hyperactivité présidentielle rassure un peu les Français. Témoin, sa côte de popularité qui a progressé ces derniers mois après avoir stagné au plus bas l’année dernière. Pour preuve, également, le moral des ménages qui, bien que très dégradé, remonte légèrement en janvier (+ trois points).
Mais de l’autre, l’abondance des cartouches utilisées par l’Elysée ne peut que nous préoccuper. Car si la crise s’éternise, comme beaucoup le pensent, et de plus en plus, la crédibilité de l’exécutif risque d’en pâtir. Ce qui n’est jamais de très bon augure. Faut-il alors se tourner vers les banques ? Comme nous l’avons écrit dans La Tribune, il ne faut pas trop compter sur elles pour réparer les dégâts engendrés par la crise. Avant qu’elles ne rétablissent l’économie, les banques devront se rétablir elles-mêmes.
La bonne nouvelle, il y en a une, est que les investisseurs disposent de liquidités. Mais pour l’heure, ayant été les premières victimes de la crise, et ils y ont perdu gros, ils demeurent aujourd’hui échaudés : « Chat mouillé craint l’eau froide » !
Peut-on alors se hasarder à quelques remèdes simples loin du mouvement angoissé vers lequel les Français risquent de glisser. Avant tout, gardons-nous de considérer la situation économique de manière uniforme. Tous les continents ne sont pas touchés aussi violemment. Mais surtout, nombres de secteurs sont en croissance, voire en forte croissance. Ainsi des activités touchant l’Internet, les nouvelles technologies, les télécoms.
Et certains autres secteurs sont acycliques, donc moins vulnérables aux secousses de la crise. Leurs revenus, s’ils sont touchés, n’en sont pas dramatiquement impactés. On pense à la distribution, aux biens de consommation courante, aux services de soins ou de santé, à la restauration collective, au chauffage, à l’eau, etc… Des entreprises vont vivre la crise comme un accroissement considérable de la concurrence, et à terme, vont sortir vaincues… ou vainqueurs.
Enfin, toutes les entreprises ne sont pas aussi sensibles aux affres de la financiarisation de l’économie, et les PME familiales qu’on raillait il y a encore dix ans, se révèlent aujourd’hui mieux immunisées contre une baisse de leurs résultats que les grands groupes obsédés par leurs performance boursières. Elles sont plus aptes a prendre les risques qui les placeront demain, au sortir de la crise, en bonne position.
La crise ne doit pas dissuader d’investir, bien au contraire. Mais il faut investir sur les survivants. Et ainsi leur donner le supplément de croissance qui le moment venu aura un effet d’entraînement sur le reste de l’économie.
Mais ce discours schumpétérien est peu populaire car il véhicule la perspective d’inégalités croissantes. Les politiques y répondent par la défense de causes perdues. Que visons-nous ? Le soutien inutile d’entreprises qui, crise ou pas crise, auraient périclité de toute manière. Ou la mobilisation de moyens énormes au profit d’un secteur comme l’automobile pour des résultats qui ne seront pas en rapport avec l’effort exceptionnel consenti par la collectivité. Et après l’automobile, quel secteur sera porté par l’Etat?
Faut-il sous prétexte de crise renoncer à rapprocher les investisseurs vertueux des entreprises prometteuses ? Non, car une économie sous perfusion de l’Etat ne sera jamais à même de relancer la machine. Bien sûr, l’investisseur d’aujourd’hui devra se distinguer de son prédécesseur. Moins pressé, plus attentif aux performances de l’entreprise qu’il soutient, probablement moins dépendant de l’obligation de rentabilité élevée et rapide induite par les effets de levier. En somme, un nouveau genre de business angel prêt à investir dans des entreprises qui le méritent.
Quant à la prochaine et nécessaire réglementation du capitalisme, j’aurais tendance instinctivement à faire confiance à la démocratie américaine. Outre-Atlantique, les investisseurs qui ont été lessivés ces derniers mois seront très majoritaires à demander à leur gouvernement la réglementation efficace qui permettra d’éviter à l’avenir le renouvellement de ces erreurs.
Comme l’a montré la législation Sarbannes-Oxley, l’Amérique a beau être la mère-patrie du capitalisme, elle n’en a pas moins la main lourde en matière de réglementation lorsque le besoin s’en fait sentir. Et en ce qui concerne la nouvelle équipe Obama, elle ne semble pas inféodée à la profession bancaire. Certainement moins, en tout cas, que le gouvernement britannique qui inspire les récentes réformes de la zone euros. In fine, je ne suis pas sûr que les banques européennes ne résistent pas plus fortement que leurs homologues américaines à des dispositions qui visent, faut-il le rappeler, à protéger leurs clients…
Si les auspices prometteurs ne sont pas au rendez-vous de ce début d’année, il serait dommageable de céder au pessimisme ambiant. Car, secteurs en progression, entreprises dynamiques sur des marchés acycliques, PME agiles ou réglementation américaine des activités de marché, les prises sur lesquelles s’agripper en attendant les premiers balbutiements encourageants des banques ne manquent pas. Et ceux qui sortiront de la crise en état de marche, rebondiront plus fortement.
