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SAUVER LA GRECE -Mars 2010-

        L'édito d'Hervé Gourio - Délégué Général -

Nous voici lancés à nouveau dans un débat qui nous concernant tous, n’en demeure pas moins particulièrement opaque.

On nous dit du président de la République, qu’il est partisan de mettre à contribution la Caisse des Dépôts et Consignation afin d’acheter une partie de la prochaine vague  d’émissions obligataires du gouvernement grec.

Outre-Rhin, la banque KFW serait prête à faire de même, ce qui permettrait de tourner l’interdiction faîte tant à la Banque centrale européenne qu’aux Etats de l’Union de venir au secours d’Athènes. Interdiction inscrite dans les traités.

Mais le citoyen allemand, majoritairement hostile à ce genre d’intervention publique, ne semble pas partager l’élan altruiste de son gouvernement et de ses banquiers.

Et peut-on oublier que depuis le dernier référendum la confiance des citoyens français dans les bienfaits de l’Europe est faiblarde. Je le regrette et je ne suis pas seul, mais croit-on vraiment la renforcer en prélevant des fonds publics ou quasi publics ?

 

Essayons d’y voir plus clair.

L’argument avancé par le gouvernement français et les élites européennes, y compris la BCE, est que nous ne pouvons pas sous-traiter le redressement des finances publiques grecques au Fonds Monétaire International. Question de décence. Pourquoi, en effet, cette intervention extra-européenne si nous sommes capables de résoudre le problème nous-mêmes ?

Une ingérence dans les affaires continentales d’autant plus injustifiées que, d’habitude,  le premier motif d’intervention du FMI est d’assurer les paiements nécessités par le déséquilibre de la balance commerciale de l’Etat grec. Or, avec l’euro, la BCE a toute compétence pour assurer ces échéances là. Tous les matins. Donc, nul besoin du FMI !

 

Les arguments contraires n’en ont pas moins de poids. A commencer par celui des contribuables allemands. L’âge moyen de départ à la retraite (61 ans) explique une partie non négligeable du déficit des comptes sociaux de la Grèce, alors même que le pays est vieillissant. Au moment où, en Allemagne, l’âge moyen est repoussé à 67 ans, il apparaît peu probable que le contribuable allemand accepte de bon cœur de payer pour le préretraité grec. L’Allemagne n’est pas prête à sacrifier la rigueur de ses comptes-sociaux sur l’autel de la solidarité européenne. Et on la comprend !

 

Ce serait d’ailleurs contraire à la discipline fiscale de l’Union que de tolérer ce genre d’innovation. Le financement des comptes sociaux de chaque Etat est de sa propre responsabilité. On connaît assez la propension à la fraude fiscale de nombre de citoyens hellènes pour exiger que ce principe raisonnable soit, en l’espèce, appliqué dans toute sa rigueur.

 

La Grèce n’assainira pas ses finances publiques en un jour, loin de là. La cure d’amaigrissement nécessitera de longs et patients mois. Et renflouer un panier percé ne sert à rien si l’on ne le raccommode pas. Il faudra étaler dans le temps cette nécessaire et douloureuse réforme des finances de l’Etat. Et l’accompagner de versements savamment échelonnés à mesure des progrès. Or, en la matière, il est évident que le FMI a plus d’expérience et de technique que les différents gouvernements européens. Et que n’ayant pas de drapeau, il se place au dessus des susceptibilités patriotiques, avantage non négligeable en l’occurrence… Quel accueil recevront les touristes franco allemands venus dorer au soleil des Cyclades, si après avoir promis aides et subsides, leurs gouvernements, pris de doute, ralentissent leurs versements ?

 

Mais poussons encore plus loin le politiquement incorrect. Comme les sauveteurs au pied d’un bâtiment en ruine prêt à s’écrouler sur eux, la faillite de l’Etat grec n’est-il pas un choc indispensable, une étape nécessaire, avant de faire intervenir les secours. ?

 

Quid des sauveteurs alors? Vont-ils périr en même temps s’ils s’approchent trop près de l’accident ? Ou s’ils laissent les Grecs se débrouiller ?

 

L’histoire nous apprend que la dernière option n’a rien d’improbable et que son issue ne fut pas fatale.
Elle s’est déjà déroulée aux Etats-Unis au milieu du XIXe siècle. Entre 1841 et 1842, huit Etats, et pas des moindres (Mississipi, Maryland, Arkansas, Louisiane, Pennsylvanie, Michigan, Illinois, Indiana) firent faillite ! La situation fut tellement tendue avec leurs créanciers européens récalcitrants, au premier rang desquels le Baron James de Rothschild, que des rumeurs de guerre avec l’ancienne puissance coloniale circulèrent. Certains Etats ne remboursèrent jamais leurs dettes. D’autres s’y engagèrent. Mais en définitive l’union monétaire américaine tint bon, le dollar ne fit pas faillite. Et servit  à nouveau peu d’années après pour libeller des obligations fédérales ou des emprunts d’entreprises américaines. La faillite même formelle de l’Etat grec nuirait-elle vraiment beaucoup plus à notre monnaie commune ?

 

Quant à l’option généreuse, elle n’est pas sans risque non plus. Car une fois la Grèce sauvée de la banqueroute, il sera impossible de refuser de renouveler l’opération au profit du Portugal, de l’Espagne et peut-être de l’Italie ? Une telle ponction s’exercera sur les marchés financiers qu’ils finiront par nous amener pour de bon une authentique déflation. Si l’on entre dans un système de ponction sans limite, gare à l’effet domino !

 

D’autant plus que les besoins de financement nécessaires pour couvrir la défaillance de plusieurs Etats seront accrus du fait de la spéculation qui risque de se sentir encouragée par l’intervention publique.

 

Alors que si l’Etat grec fait faillite, les banques subiront des pertes mais celles-ci sont assurées et le choc sera supporté par de nombreux établissements. En outre, un tel évènement découragera pour longtemps les ardeurs spéculatives en faveur de la faillite qui, ces temps-ci, semble animer certains apprentis sorciers.

 

Comme on dit en Angleterre le jury délibère encore mais on peut comprendre que plusieurs jurés aient déjà abaissé leur pouce.

 

 

 

 

 



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