L'homme au coeur de la vie de l'entreprise,
                                l'entreprise au coeur de la cité
Vous êtes ici : L'essentiel > Tribune
Suicides : L’arbre France Telecom ne doit pas cacher la forêt -Octobre 2009 -

        L'édito d'Hervé Gourio - Délégué Général d'E&P -

Bien sur le cas de France Telecom est singulier : la transformation d’une administration en compétiteur global implique des changements profonds dans les comportements et les esprits de l’ensemble des collaborateurs. Au moins 65% des salariés de l’ex monopole public en France ont encore un statut de fonctionnaire et on ne peut que s’interroger sur la manière dont ils ont perçu le dernier plan de transformation de l’entreprise qui, selon la presse, prévoirait plus de 20 000 (?) départs volontaires.

Ajoutons à cela que certains managers semblent n‘avoir jamais lu Michel Crozier qui, il y a plus de 30 ans déjà, décrivait des relations de travail excessivement impersonnelles dans les entreprises publiques. On ne parlait pas encore, à l’époque, de relations « déshumanisées ».

Enfin pour ajouter à la distance sociale, il suffit d’observer l’aptitude des dirigeants français, publics comme privés, à créer des dispositifs très difficiles à appliquer pour la bonne et simple raison qu’ayant eu peu d’expérience du « terrain », ils ont souvent été parachutés trop tôt dans des rôles de conception et sous-estiment l’impact sur les exécutants des politiques définies à distance des réalités du terrain.

Le cocktail de FT est explosif mais nous craignons qu’il ne soit pas un cas isolé.

L’effet pervers des départs « volontaires »

Car on n’ose pas parler d’un facteur dévastateur entré dans les mœurs françaises depuis une bonne dizaine d’années : le malaise des collaborateurs peut être utile, et dans certains cas nécessaire à la flexibilité des effectifs.

Depuis que les licenciements collectifs sont soumis à l’appréciation de juges statuant en fonction de critères totalement étrangers aux objectifs de l’entreprise, même les plus nobles, une méthode a été développée qui permet d’opérer malgré tout ces réductions d’effectifs: les départs volontaires. Des cabinets de consultants spécialisés gèrent l’environnement syndical et local et négocient le package qui rendra acceptable voire attirant son départ pour le salarié. Ce départ est d’autant plus volontaire que le job quitté s’avère peu satisfaisant pour le salarié.

En un mot si on veut que la flexibilité soit possible, il faut jouer sur la précarité en développant les cdd autant que possible et ne pas chercher à développer le bien être des collaborateurs ….

J’exagère ? Sans doute le tableau n’est-il pas toujours aussi noir. Mais que diable, comparons les pratiques françaises avec celles pratiquées à étranger! A commencer par celles en vigueur aux USA ou certes, les licenciements sont aussi cruels qu’en France, mais où le bien être dans les entreprises est une valeur prioritaire et ou les chefs d’entreprise ne sont pas exposés à cet horrible conflit d’intérêts que j’évoque.

Un défi majeur : la concurrence asiatique

Continuons dans le pessimisme. Il n’échappe à personne qu’au delà de la dépression et de la crise financière actuelles, nous serons bientôt confrontés à un défi qui n’a pas encore dévoilé son ampleur : Celui de la compétitivité des entreprises asiatiques dans tous les domaines. Personne ne peut avoir aujourd’hui une vue claire et rassurante sur les types d’emplois qui pourront être maintenus et développés dans notre pays. Si ce n’est qu’ils dépendront de la qualité de l’environnement de l’entreprise et de la force d’entreprises qu’on peut qualifier de françaises (même s’il est difficile d’identifier le drapeau qui peut flotter sur la plupart des entreprises du SRD). Alors comment ne pas imaginer que ce défi sera perdu si adapter les effectifs et transformer les compétences continue d’être aussi douloureux et insupportable pour les salaries des entreprises françaises ?

Telle devrait être notre priorité : élargir sans cesse les compétences des collaborateurs, faciliter toutes les transitions professionnelles dés lors qu’elles sont inévitables. Mais cesser d’entretenir dans l’esprit de nos concitoyens l’illusion que les emplois actuels pourront être maintenus ou sauvegardés lorsque la décision est prise et qu’elle n’a aucune chance d’être contredite, comme on l’a vu dans l’affaire Molex récemment. Ce qui n’interdît pas en revanche de sanctionner cette entreprise si elle a réellement caché ses projets aux représentants du personnel comme la Loi le lui impose.

Ne pas se bercer d’illusions

Il y a très certainement une majorité de Français enclins à aider généreusement ceux qui font face a l’adversité et font tout pour s’en sortir. Malheureusement nous sommes engagés dans une spirale ou les négociations de départ se résument à mettre de l’argent sur la table entrainant là aussi une autre illusion perverse : qu’avec ces pécules puis avec l’aide publique aux plus démunis les futurs chômeurs pourront vivoter sans s’atteler à un projet professionnel personnel.

Il est temps de faire appel à l’imagination des politiques et à la responsabilité des entrepreneurs afin qu’ils augmentent l’employabilité la plus durable possible de leurs salariés. Qu’ils soient exonérés des couts et incertitudes aberrants des licenciements si en accord avec leurs collaborateurs et les syndicats les victimes de l’adaptation industrielle qui nous est imposée retrouvent rapidement du travail dans des entreprises elles aussi assez vigoureuses pour embaucher sans hésitation.

Puisque le monde est sens dessus dessous, le moment est venu de le remettre à l’ endroit.

 

 



commentaires

nouveau commentaire







Espace Membre
Identifiant

Mot de passe
rh
 mot de passe perdu ?

Dernière tribune

 LA REPRISE EST POSSIBLE... si on oublie le monde financier - Juillet 2010 -

Archives

 HABILITE OU ERREUR FONDAMENTALE? Le problème du choix des priorités- Juin 2010 -
 L'URGENCE N°1 POUR LA FRANCE - Mai 2010 -
 A PROPOS D'UN EFFET PERVERS OUBLIE - Avril 2010 -
 SAUVER LA GRECE -Mars 2010-
 S’ATTAQUER A L'EXCEPTION FRANCAISE - Février 2010 -
 POUR UNE EXPLORATION DE « LA VALEUR POUR L’ACTIONNAIRE » -Janvier 2010-
 POUR UN MANAGEMENT DU DESIR -Décembre 2009-
 Pour un grand emprunt utile - Novembre 2009 -
 Suicides : L’arbre France Telecom ne doit pas cacher la forêt -Octobre 2009 -
 BONUS DES TRADERS : AGIR SUR LE COUVERCLE OU SUR LA MARMITE ? - Septembre 2009 -
 POUR EN FINIR AVEC... - Aout 2009 -
 Un emprunt français pour développer la seule France, ou bien... - Juillet 2009 -
 OPTIMISME Ou METHODE COUET? - Juin 2009 -
 PSE et TROUBLES SOCIAUX - Mai 2009 -
 L'EMPLOI OU LA "COM." - Avril 2009 -
 RAISON GARDER - Mars 2009 -
 REALISTE OPTIMISME - Février 2009 -
 2009, LE DEFI POUR NOS ELITES - Janvier 2009 -
 POINTS DE VUE SUR LA CRISE - Décembre 2008 -
 Edito Hervé Gourio - Novembre 2008 -
 Edito Hervé Gourio -Octobre 2008-
 Edito Hervé Gourio - Septembre 2008 -
 Edito Hervé Gourio - Juillet / Août 2008 -
 Edito Hervé Gourio-Juin 2008-
 Edito Hervé Gourio -Mai 2008-
 Edito Hervé Gourio -Avril 2008-
 Edito Hervé Gourio -Mars 2008-
 Edito Hervé Gourio - janvier 2008 -
 Edito Hervé Gourio - Décembre 2007 -
 Edito de Hervé Gourio - novembre 2007
 Edito de Hervé Gourio - octobre 2007
 Edito de hervé Gourio - Juin 2007
 Edito de Hervé Gourio - Avril 2007
 Edito de Hervé Gourio - fév. 2007
 Edito de Hervé Gourio - déc. 2006
 Edito Philippe Charrier - mars 2006
 Hommage à François Dalle - janv. 2006
 Edito Hervé Gouri -Février 2008-
Copyright 2006 Entreprise et Progrès
Partenaires | Informations légales | Contact | Presse | Emploi