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Un emprunt français pour développer la seule France, ou bien... - Juillet 2009 -

        L'édito d'Hervé Gourio -Délégué Général-

 

            L’inventaire est pratiquement achevé, les causes de la crise sont désormais connues. La principale étant l’extrême abondance de liquidité qui depuis vingt ans a engendré une série de bulles financières dont les plus marquantes furent par ordre chronologique : celles qui frappèrent certaines monnaies d’Amérique latine et de l’Asie du Sud-est durant les années 90 ; la bulle Internet  de 2000 ; les bulles éphémères sur les matières premières et la spéculation sur le pétrole qui accouchèrent dans la douleur en 2008 de nombreuses émeutes de la faim dans les pays du Sud. Et pour finir en beauté, la crise des Subprimes de l’automne dernier.  The last but not the least, car au rythme où nous allons, ce cycle infernal n’est pas prêt à s’arrêter.

 

            Et les solutions apportées ne présagent rien de bon à moyen terme. Car pour graisser les rouages grippés des banques, l’huile qui a été versée pourrait bien déclencher le prochain incendie. La surabondance des liquidités a provoqué la crise. Qu’à cela ne tienne, nous rajoutons des liquidités. Les avances des banquiers centraux aux banques atteignent un niveau sans précédent. Entendons-nous bien, nous ne sommes pas en train de critiquer ces politiques qui ont permis d’éviter l’effondrement du système financier mondial. Xavier Bertrand, Sec.Gal de l’UMP et ancien ministre du Travail nous le confirmait lors de notre assemblée générale fin juin : « Nous sommes passé à deux jours de l’arrêt total du système ». Mais force est de constater que ce traitement indispensable pour éviter l’arrêt cardiaque est générateur de futurs infarctus.

 

            A défaut de l’affirmer publiquement, tout le monde en est conscient et la compétition s’organise pour capter au plus vite ces liquidités, bien que pour l’heure, elles ne soient pas encore complètement accessibles, du fait de mécanismes de gel plus ou moins complexes. En tête du peloton, les Etats qui vont en avoir grand besoin afin de combler leurs déficits accentués par des plans de relance souvent inconsidérés.

Des Etats suivis de près par les grandes entreprises qui, après avoir commencé à se désendetter au cours des dernières années, achèvent le travail en  lançant  de grands emprunts ou des plans de recapitalisation.

 

Le président de République lance l’idée d’un grand emprunt national. Objectif : rassembler 50 Milliards d’euros afin d’assurer l’avenir. Nous verrons bien s’ils sont aussi vertueusement investis qu’annoncés… ou destinés à combler les 120 milliards de déficit public envisagés pour 2009 puis 2010. Acceptons en l’augure.

 

Pourtant, si cet argent va à l’investissement comme nous l’espérons, le sera-t-il en vertu de critères judicieux et productifs ? C’est-à-dire, à la fois utile au développement des entreprises qui en bénéficieront, afin de leur permettre un élan durable, et aux partenaires de ces mêmes entreprises, clients ou fournisseurs.

 

L’heure est venue de reparler de notre proposition publiée dans La Tribune du 25 février 2009 : que l’Etat double les augmentations de capital effectives dans les entreprises non financières aux mêmes conditions que celles de l’investisseur privé. Une manière de s’assurer que les investissements ne sont pas issus seulement de démarches technocratiques serait de compléter les augmentations de capital des entreprises –probablement petites ou moyennes pour passer sous le seuil du de minimis bruxellois –appartenant aux secteurs stratégiques de l’économie française ou contribuant à leur succès futur.

 

Mais dans l’histoire récente il existe aussi un exemple magnifique d’une combinaison  d’investissements positifs à court et long terme réussie pour les investisseurs et les destinataires des fonds : le plan Marshall de 1947. Il a en effet bénéficié de concert, aux pays bénéficiaires des crédits américains, aux entreprises outre-Atlantique obligées de se reconvertir après-guerre et chez qui les Européens ont dépensé leurs crédits. Sans parler des économies européennes qui y trouvérent l’occasion de renaître.

C’est cette opération qu’il convient de renouveler en attribuant à un organisme européen indépendant – pourquoi pas la BEI ? – des fonds massifs pour lancer un plan Marshall bis en direction des pays en voie de développement.

 

Des pays choisis sur tous les continents mais dont on attendrait un bon niveau démocratique afin d’éviter l’évaporation mafieuse des crédits investis. À charge pour eux, ensuite, de dépenser en équipements cette manne au profit d’une entreprise européenne ou de lancer sur place des entreprises de service compétitives avec des partenaires européens.

 

On nous objectera sans doute que l’argent public de chaque pays devrait retourner scrupuleusement et justement à ce pays et non être dépensé chez son voisin, tout européen qu’il soit. Quand en finira-t-on avec cette myopie qui tourne à la cécité ? Les économies de l’Union Européenne sont intégrées à plus de 70% et les bénéfices en termes de croissance économique profiteraient à l’ensemble de l’Union.

 

Ces deux projets, investissement de l’Etat dans les PME et plan Marshall pour le Sud, loin d’être contradictoires, peuvent être combinés…



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